Le féminisme n’est pas synonyme de tout accepter au nom de l’appartenance et de la solidarité féminine.


Seul dans son coin, le gamin hébété contemple sa blessure. Il n’est pas le semblable de ses semblables, il a reçu en pleine figure le choc de son appartenance à une tribu méprisée. Juif : il n’aura pas trop de sa vie entière pour apprivoiser la violence de cette révélation.

Appartenir au petit cénacle fermé de l’élite, c’est devoir servir à la mesure de la gloire et de la fluidité dans l’existence matérielle qu’on récolte pour prix de cette appartenance. L’évolution actuelle pourrait favoriser, à terme, l’émergence d’une nouvelle approche de la notion d’identité. Une identité qui serait perçue comme la somme de toutes nos appartenances, et au sein de laquelle l’appartenance à la communauté humaine prendrait de plus en plus d’importance, jusqu’à devenir un jour l’appartenance principale, sans pour autant effacer nos multiples appartenances particulières. A mesure que l’automation et la cybernétique laissent prévoir le remplacement massif des travailleurs par des esclaves mécaniques, le travail forcé révèle sa pure appartenance aux procédés barbares du maintien de l’ordre. Le pouvoir fabrique ainsi la dose de fatigue nécessaire à l’assimilation passive de ses diktats télévisés. Pour quel appât travailler désormais ? La duperie est épuisée ; il n’y a plus rien à perdre, pas même une illusion. L’organisation du tavail et l’organisation des loisirs referment les ciseaux castrateurs chargés d’améliorer la race des chiens soumis. Verra-t-on quelque jour les grévistes, revendiquant l’automation et la semaine de dix heures, choisir, pour débrayer, de faire l’amour dans les usines, les bureaux et les maisons de la culture ? Il n’y aurait que les programmateurs, les managers, les dirigeants syndicaux et les sociologues pour s’en étonner et s’en inquiéter. Avec raison peut-être. Après tout, il y va de leur peau. Le maître n’enseigne pas, il donne à vivre des épreuves. La disciple nous conduit à travers sa libération à comprendre quelle est la force de nos appartenances et celle plus puissante encore de notre liberté naturelle. Il arrive que l’amour, le plaisir ou la joie nous libèrent quelque peu de nous-mêmes, de notre avidité, de notre égoïsme, il se peut même (il nous semble l’avoir parfois expérimenté ou pressenti) que l’amour purifie l’amour jusqu’à ce point peut-être où le sujet se perd et se sauve, quand il n’y a plus que la joie, quand il n’y a plus que l’amour ( l’amour libéré de toute appartenance, ) quand il n’y a plus que tout, et la pureté de tout. Quand on applique l’esprit à une chose aussi simple et aussi innocente que de peindre une aquarelle, on oublie un peu de l’angoisse qui naît de notre appartenance à un monde devenu fou. La gauche a ses croyants ; je préfère ses pratiquants. Être de gauche, ça n’est pas voter à gauche (ce serait trop simple…), c’est mener une vie de gauche. La preuve de la gauche n’est donc ni le bulletin de vote, ni l’adhésion à un parti, ni la revendication tonitruante d’une appartenance idéologique, mais la vie de gauche qu’on mène – ou non… Le sentiment d’appartenance est une conviction intime qui va de soi ; l’imposer à quelqu’un, c’est nier son aptitude à se définir librement. A la famille humaine confère à toute personne une sorte de citoyenneté mondiale, lui donnant des droits et des devoirs, les hommes étant unis par une communauté d’origine et de destinée suprême. Tu changes de ville, de chambre, de visage, de ville, d’amour, mais même quand tu te dépouilles de tout, il reste toujours quelque chose de permanent, qui réside en toi depuis que tu es doué de mémoire et depuis bien avant que tu aies atteint l’âge de raison, le noyau ou la moelle de ce que tu es, de ce qui jamais ne s’est éteint, non pas une conviction ni un désir, mais un sentiment, parfois amorti comme la braise du feu de la veille cachée sous les cendres, mais presque toujours très vif, qui palpite dans tes actions et qui colore les choses d’un éloignement durable dans le temps; tu as le sentiment d’être déraciné, étranger, de ne jamais être tout à fait nulle part, de ne pas partager les certitudes d’appartenance qui pour d’autres semblent si naturelles ou faciles, ni l’assurance avec laquelle beaucoup d’entre eux s’accommodent ou possèdent, ou bien tiennent pour acquises la solidité du sol où ils marchent, la fermeté de leurs idées, la durée future de leur vie. Le sentiment d’appartenance ne se mesure pas au nombre de papiers ni de passeports. Ce n’est pas en supprimant la double nationalité que l’on résoudra le problème, réel, des failles dans notre communauté nationale. C’est un fantasme ! Il est toujours bon de voir quelqu’un tromper votre attente et différer de l’idée que vous vous faisiez de lui. L’appartenance à un type, c’est la mort de l’homme, sa condamnation. Si l’on ne peut le faire entrer dans aucune catégorie, s’il n’est pas représentatif, il possède déjà la moitié de ce qu’on est en droit d’exiger de lui : il s’est affranchi de lui même, il détient une parcelle d’immortalité. Le fossé qui sépare pauvres et relativement riches devient abyssal. Les contraintes et les recommandations traditionnelles volent en éclats. Le consumérisme consume tout questionnement. Le passé devient obsolète. En conséquence, les gens perdent leur individualité, leur sens de l’identité, et donc cherchent et trouvent un ennemi de manière à se définir eux-mêmes. L’ennemi – quelle que soit son appartenance religieuse ou ethnique – on le trouve toujours parmi les pauvres. C’est là où le schéma circulaire est vicieux. Je me méfie de l’ethnicité. C’est bien de savoir d’où on vient, mais l’idéal, c’est de pouvoir se détacher totalement de son appartenance. Ce qui m’intéresse, c’est que nous avons ensemble un projet commun sur cette planète!

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