Les dossiers de la rédaction

ENJEUX ET PERSPECTIVES LE RÔLE DES JEUNES DANS L’ATTEINTE DES OBJECTIFS DE DÉVELOPPEMENT DURABLE


Avoir l’heure m’a toujours paru quelque chose de ridicule, de fondamentalement mensonger, peut-être parce qu’une nécessité interne que je n’ai moi même jamais réussi à comprendre m’a toujours fait regimbe contre le pouvoir du temps et me tenir à l’écart de ce que l’on a coutume d’appeler l’actualité, dans l’espoir que le temps ne passe pas, ne soit point révolu, que je puisse revenir en arrière et lui courir après, que là-bas tout soit alors comme avant ou plus précisément, que tous les moments existent simultanément, auquel cas rien de ce que raconte l’histoire ne serait vrai, rien de ce qui s’est produit ne s’est encore produit mais au contraire se produit juste à l’instant où nous le pensons, ce qui d’un autre côté œuvre naturellement sur la perspective désespérante d’une détresse perpétuelle et d’un tourment sans fin.

Cet article décrit le rapport des adolescents à leur quartier, dans la mesure où ce dernier constitue une dimension essentielle de leur identité. Ce rapport engendre une situation paradoxale et est donc bien souvent, de ce fait, ambigu. Le quartier constitue un point d’ancrage essentiel de l’identité de ces jeunes : objet de protection et d’une sociabilité intensive, il est aussi le lieu d’un enfermement. Il présente une double face, tout à la fois aimé depuis toujours et objet de ressentiments. Les adolescents adoptent simultanément les deux postures et oscillent en permanence, de l’une à l’autre, en fonction des circonstances, des lieux et de l’interlocuteur. Tout dépend du regard extérieur. Enfin, on s’approprie cette cité de manière fort différente selon son âge, son sexe, son profil et son parcours. Même si les relations entre les adolescents sont extrêmement complexes, l’appartenance à la cité reste, pour la plupart d’entre eux, au centre de leur identité : elle associe deux types de conduites complémentaires qui consistent à la fois à s’approprier son espace et à le protéger.

Un printemps sur la route – perspectives de jeunes!

La réalité est une question de perspective ; plus vous remontez dans le passé, plus il semble concret et plausible – mais, quand vous vous rapprochez du présent, cela semble inévitablement de plus en plus incroyable.

LES PERSPECTIVES D’AVENIR DES JEUNES

Si cette jeunesse constitue un formidable potentiel de développement, les défis à relever restent énormes : 628 millions de jeunes de 15 à 24 ans sont sans emploi, sans formation et sans éducation (la majorité étant des filles) ; cette situation obère leurs perspectives d’avenir et les rend plus vulnérables à la montée des extrémismes. Leurs droits en matière de santé sexuelle et reproductive sont loin d‘être respectés dans de nombreux pays ; chaque année, 15 millions de filles sont mariées avant l’âge de 18 ans (soit 28 filles par minute), ce qui aura d’importantes conséquences sur leur santé (notamment à travers les risques associés aux grossesses précoces) et leur vie toute entière et celle de leurs enfants. Par ailleurs, les jeunes, et en particulier les filles, sont les premiers affectés par les crises, qu’il s’agisse de catastrophes naturelles ou de conflits.

La France s’enorgueillit d’être l’un des pays le plus fécond d’Europe. Ce résultat repose sur un double investissement des françaises sur le marché du travail et dans la famille. La politique familiale a été progressivement orientée vers des aides en matière d’articulation vie familiale vie professionnelle et vers la création de structures d’accueil des jeunes enfants avant l’âge de la scolarisation obligatoire à 6 ans. La France consacre presque 1,5 % de son PIB à l’accueil des 0-6 ans [1][1]Selon l’OCDE, en 2011, la France a dépensé trente-trois fois…. L’école pré-élémentaire, dite « école maternelle », prend en charge l’ensemble des 3-6 ans. Pour les enfants de moins de trois ans, les efforts en matière d’investissement ont permis d’accroître la capacité d’accueil, mais elle reste insuffisante au regard des besoins : six enfants de moins de trois ans sur dix sont gardés principalement par leur parent, le plus souvent la mère. Les raisons sont multiples : manque de disponibilité d’un mode de garde, coût de la garde combiné aux conditions d’accès au marché du travail, notamment pour les mères (salaire et pénibilité…), complexité d’organiser son temps de travail avec les contraintes horaires des modes d’accueil, choix éducatif des parents, etc. In fine, l’âge auquel un enfant est socialisé dépend de son lieu d’habitation, du revenu de ses parents et de son mois de naissance mais peu de ses besoins ou encore de ce que souhaitent effectivement ses parents. Dans le secteur de la petite enfance, se joue une partie des maux de nos sociétés : inégalités sociales, inégalités entre les sexes, inégalités territoriales… Repenser la prise en charge de la petite enfance s’inscrit dans une perspective globale de citoyenneté sociale fondée sur l’individu, son parcours et ses possibilités d’émancipation réelle quel que soit son sexe, son origine social ou ethnique, son lieu d’habitation et ce, dès sa naissance.

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Notre espoir réside toujours dans l’élément de nouveauté que chaque génération apporte avec elle; mais c’est précisément parce que nous ne pouvons placer notre espoir qu’en lui que nous détruisons tout si nous essayons de canaliser cet élément nouveau pour que nous, les anciens, puissions décider de ce qu’il sera. C’est justement pour préserver ce qui est neuf et révolutionnaire dans chaque enfant que l’éducation doit être conservatrice; elle doit protéger cette nouveauté et l’introduire comme un ferment nouveau dans un monde déjà vieux qui, si révolutionnaire que puissent être ses actes, est, du point de vue la génération suivante, suranné et proche de la ruine.

Quand on arrive dans une ville, on voit des rues en perspective. Des suites de bâtiments vides de sens. Tout est inconnu, vierge. Voilà, plus tard on aura marché dans ces rues, on aura été au bout des perspectives, on aura connu ces bâtiments, on aura vécu des histoires avec des gens. Quand on aura vécu dans cette ville, cette rue on l’aura prise dix, vingt, mille fois. Au bout d’un temps cela vous appartient parce qu’on y a vécu.

On passe sa vie coincé dans le labyrinthe à essayer de trouver le moyen d’en sortir, en se régalant à l’avance à cette perspective. Et rêver l’avenir permet de continuer, sauf qu’on ne passe jamais à la réalisation. On se sert de l’avenir pour échapper au présent.

Cet attachement explique que les adolescents s’affirment comme les principaux acteurs de la vie collective de leur quartier. Ils sont partout, investissent les équipements de leur ville, s’auto-organisent par l’échange de services ou d’opportunités diverses, et construisent ainsi tout un réseau autonome de ressources. Ils cherchent des locaux, bousculent les élus pour l’amélioration des structures extérieures, avec une liste de revendications. Les jeunes se sentent les véritables interlocuteurs critiques des institutions locales, surtout les jeunes Français d’origine immigrée, qui parlent aussi au nom de leurs parents. D’une certaine façon, les jeunes sont les quartiers et accaparent de fait l’image de la banlieue. Aussi les adolescents transforment-ils l’espace public de leur cité en véritable espace privé. Ils y sont en « terrain conquis », colonisent les lieux et en font clairement un monde en soi qu’ils conservent à part comme un bien précieux. En cela, la cité fixe le cadre et les repères essentiels de la vie quotidienne et constitue le pôle d’attraction majeur de l’existence.

Ne pas perdre la « face » : au cœur du fonctionnement des groupes adolescents

C’est par le biais du groupe, et l’appartenance à la cité, que l’individu a le sentiment d’exister socialement, alors que, seul, il se sent souvent stigmatisé. C’est pourquoi la sociabilité repose sur un double principe d’exclusivité et de fermeture. Structure fermée parce que l’intégration au groupe n’est possible que si l’on a grandi dans la cité, et exclusive parce qu’on n’y cherche pas à développer des relations avec des personnes extérieures, assimilées à des « intrus ». Elle est d’autant plus centrée sur le fonctionnement de sa logique interne qu’elle se constitue en grande partie contre le regard extérieur qui invalide l’image de soi. Le groupe ne sert pas à aider à construire une vie personnelle mais vise au contraire à se maintenir. Il trouve sa raison d’être dans la permanence du groupe lui-même. Et sa permanence n’est que le produit de la forte intensité de ses interactions internes. La sociabilité ne vise en effet le plus souvent que son développement même.

Un enjeu des rapports entre filles et garçons

Le territoire, c’est aussi un enjeu des rapports entre les sexes. En effet, l’espace public des cités fonctionne, au moins partiellement, en séparant les groupes par âges et par rôles sexués. Ainsi, dans les quartiers, les garçons, les filles, les hommes et les femmes n’occupent pas les mêmes espaces. Par exemple, une monographie réalisée dans un quartier d’habitat social de Toulouse montre comment les relations entre les filles et les garçons, le plus souvent d’origine maghrébine, s’expliquent moins par un héritage culturel et religieux que par une logique de quartier avec son organisation sociale spécifique « extrêmement codifiée et structurée » (H. Kebabza, D. Welzer-Lang, 2003). Se met en place, dans cet espace, un fort contrôle social distribuant des rôles masculins et des rôles féminins.

Les garçons perdent leurs privilèges attachés à leur condition d’homme et à leur statut social (absence d’emploi). Ils sont de moins en moins de « bons maris ». Les filles peinent à les envisager comme époux. Au chômage, ils manquent de prestige. Les filles n’ont pas grand « intérêt » à épouser des hommes dépourvus d’emploi stable. Les garçons, dès lors, se raidissent et s’arcboutent sur leur identité virile pour compenser un manque d’intégration sociale. Ils sont tenus à une obligation de virilité sous peine d’être mis à l’écart du groupe de leurs pairs. Ainsi, les jeunes garçons manifestent leur volonté de se construire eux-mêmes comme la source de l’autorité au sein de leur territoire : là où ils peuvent encore exercer un peu de leur pouvoir. Ils instaurent un mode de contrôle interne à la zone habitée et s’affirment, notamment, par le contrôle des filles, qui sont le plus souvent invisibles et fortement incitées à rester à la maison. Les jeunes filles deviennent comme une sorte d’enjeu de l’honneur des garçons : à travers elles, se joue surtout un rapport de force entre les hommes eux-mêmes, ces derniers ne pouvant pas accéder au rang de la virilité, vis-à-vis du regard des autres hommes, s’ils perdent le contrôle de leur sœur. Les jeunes hommes comparent leur pouvoir respectif à travers le contrôle des femmes. Cette attitude n’est pas le simple reflet d’une coutume culturelle traditionnelle, mais doit se comprendre comme une stratégie d’adaptation des garçons pour résister à leur situation de ségrégation. Elle est une réponse violente à la violence subie.

Le statut des jeunes filles dans les quartiers est donc problématique. Elles subissent non seulement la contrainte du féminin, mais également courent le risque d’être stigmatisées par les garçons, et même plus d’être l’objet d’agressions verbales ou physiques. Les filles ne peuvent se montrer en public au sein des réseaux de sociabilité des garçons, de sorte que les contacts avec ces derniers sont le plus souvent dissimulés. Les mécanismes de la réputation exercent sur les filles une violence quotidienne : celles qui n’adhérent pas à un certain modèle de genre traditionnel sont qualifiées de « salopes » ou de « prostituées ». Face à cette domination, les jeunes filles « résistent » et parviennent à tirer leur épingle du jeu. Stratégiques, elles sont comme des caméléons et s’adaptent en fonction des circonstances pour accomplir leurs aspirations. L’invisibilité est ainsi une tactique pour se préserver de l’agressivité des garçons et gagner de l’autonomie. Elles négocient, élaborent des compromis et parviennent ainsi à modifier les liens dans la famille et leur place dans l’espace public. Cependant, certaines filles adoptent des conduites masculines et agressives pour masquer leur féminité. Elles se rendent visibles dans le quartier mais invisibles en tant que femmes. D’autres encore semblent subir la situation et se conforment aux normes qui s’instaurent dans le quartier.

Plus généralement, les jeunes filles d’origine musulmane aspirent à gagner de l’autonomie en élaborant des compromis sans passer par une rupture avec les liens familiaux. Tout en dénonçant parfois la mentalité des garçons et de leurs parents, en décalage sur bien des points avec leurs aspirations, ces filles ne veulent pas être réduites « à l’unique possibilité de l’émancipation et inventent les voies d’un métissage transformant les genres et les générations » (N. Guénif Souilamas, 2020). Elles « font entendre une voix en quête d’une tonalité singulière, ni émancipation bien-pensante, ni reddition à une raison coutumière exsangue » (ibid.). Pour ce faire, elles tirent profit des avantages symboliques et matériels liés à leurs parcours scolaires et s’octroient plus de marges de liberté de mouvement.

En définitive, les garçons répondent à l’immobilité sociale par l’immobilité spatiale et le contrôle des femmes. Ils s’approprient le territoire et cherchent à bloquer les déplacements. Ils privilégient la cité, la rue, la sociabilité de la « bande ». Certains garçons, toutefois, tentent d’établir d’autres relations avec les filles et tiennent à distance les injonctions de rôle, même s’ils les nouent en dehors du quartier. Face à cette situation, les jeunes filles font le choix de la réussite scolaire, en évitant le quartier d’une part et en privilégiant la famille d’autre part. Elles répondent par des stratégies d’autonomisation et de mobilité dans l’espace urbain. N’ont-elles pas déjà « renversé » la domination masculine, ne serait-ce que parce qu’elles n’y croient plus ?

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