Louis Adams


 Louis-chapitre 1

Je ne me suis même pas encore installé dans le fauteuil qui m’est destiné que je sens déjà le regard accusateur des pères de Marie-Rose me foudroyer sur place. Je ne les ai jamais rencontrés personnellement mais Marie, ma sœur, m’a déjà raconté certaines de leurs entrevues.

Par politesse, je tends une main qu’ils serrent froidement chacun leur tour et je m’installe sur le siège vide face au bureau, alors que le directeur prend place de l’autre côté.C’est la troisième fois que je suis convoqué ce mois-ci, mais c’est la première fois que j’ai la possibilité d’assister au rendez-vous.

Le silence qui règne rend l’endroit encore pire que dans mes souvenirs d’écolier ; cette école est la seule que j’aie jamais fréquentée et je n’ai jamais aimé ce bureau.Le directeur n’était pas le même alors, mais la pièce n’a pas changé. Toujours aussi triste, toujours aussi sombre.Je note tout de même l’investissement dans les ordinateurs et la touche de verdure pour égayer l’entrée – même si ce sont de fausses plantes.Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’on dirait le décor d’une série à l’ancienne avec laquelle j’aurais pu commencer ma carrière d’acteur.

« Eh bien… Nous sommes ravis de vous avoir parmi nous aujourd’hui. Je pensais que la tante des jumeaux serait là à nouveau, commence le directeur.
– Surprise, je réponds avec un sourire figé. Mais je peux l’appeler si jamais ça vous arrange de traiter avec elle. »

Mr. le Directeur rit comme si j’avais fait la meilleure blague du monde et ça me met mal à l’aise.Je n’aime pas que les gens se forcent à être aimables juste parce que je suis louis Adams.

« Donc… mes enfants ont encore fait des âneries ?, je demande pour recentrer la conversation.
– Oui, en fait…
– De la colle ! Ils ont mis de la colle dans les cheveux de notre Lola. »

D’après les dires de ma sœur, celui qui vient de prendre la parole n’est pas le flic. C’est l’autre.Celui qui perd patience toujours trop vite parce qu’il est trop inquiet. Celui qui prend les choses trop à cœur et trop personnellement. Celui qui a les yeux bleus et les cheveux châtains, complètement en bataille.

« Je suis désolé, je tente maladroitement.
– Oh oui, vous pouvez l’être. Un tel manque de correction devrait vraiment vous alarmer, me répond le papa aux yeux bleus.
– Hm… oui, ça m’alarme. », je lui affirme, les lèvres pincées, vexé par cette réflexion désobligeante.

Je pose à nouveau mes yeux sur le directeur parce que je n’ai pas envie d’entendre le refrain que la plupart des inconnus me chantent à longueur de journée à propos du manque d’éducation de mes enfants.Quand on est une personne publique, les gens ont le jugement facile ; Ils se disent que, parce qu’ils ont lu une biographie et quelques pages d’un magazine, ils vous connaissent, et que s’ils vous connaissent, alors ils peuvent porter des jugements. Mais ce n’est pas le cas, personne ne devrait avoir son mot à dire.

« Et donc, quelles sont les solutions que vous proposez ? », je demande à l’attention du directeur.

S’il nous convoque, c’est certainement parce qu’il a une solution et j’aimerais vite la connaître pour pouvoir rentrer chez moi. Sauf qu’il n’a pas le temps d’exposer son point de vue car l’émotif transi reprend la parole.

« Éduquez vos gamins ! », il tonne sur un ton pète-sec.

Ma tête se tourne à nouveau vers mon voisin.Lentement. Je n’ai pas envie de perdre mon sang froid, mais je ne supporte pas qu’on me rabaisse comme il vient de le faire. Je crois que le flic le remarque car il se manifeste enfin.



« Louis, c’est bon. On peut essayer de trouver une solution calmement. », il répond pour tempérer, en posant une main sur la cuisse de son compagnon.

julien, c’est le flic qu’elle aime le moins dans le couple ; avec son regard brun sournois et ses cheveux coupés courts, comme s’il sortait de l’armée. Il a l’air strict, c’est vrai, mais jusqu’ici, c’est le plus courtois des deux.

« Peut-être que nous pourrions leur faire pareil et qu’ils comprendraient enfin que ce n’est pas bien ?, propose l’émotif aux yeux bleus.
– Excellente idée, je réponds avec sarcasme, parce que c’est bien connu qu’il faut faire aux autres ce qu’on ne voudrait pas qu’on nous fasse !, j’ajoute en me levant. Écoutez, je n’ai pas de temps à perdre.Mes enfants n’ont jamais été en collectivité de leur vie.Ça fait seulement trois mois qu’ils se retrouvent confrontés à la vie en communauté et ce n’est simple pour personne. Alors je fais ce que je peux mais ils sont deux et parfois, ils ne s’écoutent que l’un et l’autre. »

Ma défense sonne plus comme un cri de désespoir que comme un argument qui donne raison à mes enfants, mais j’ai très peu d’autorité sur eux et je passe mon temps à être dépassé par leur comportement. Je n’y peux rien si je n’y arrive pas.

« Séparez-les. », propose soudainement le flic.

Son ton est ferme, son débit lent. Il affiche un air fier et c’est à ce moment-là que je comprends pourquoi ma sœur ne l’aime pas du tout.

« Hors de question !, je réponds vivement en me tournant vers le directeur qui semble approuver l’idée.Je ne suis pas d’accord : les garder dans la même classe faisait partie des conditions pour qu’ils intègrent cette école et je suis désolé, mais je refuse que ça change.
–Vous êtes souvent désolé, vous. Non ?, me demande le flic. Vous êtes le genre de personnes qui agit en se foutant des autres et puis qui est désolé ensuite, c’est ça ? »



Ma mâchoire se décroche tant la gifle est violente. Mais pour qui est-ce qu’il se prend ce flic à la con ? Si j’avais besoin d’une analyse thérapeutique, j’aurais fait la démarche de rencontrer un psy moi-même.

« Allez vous faire foutre, Dr. Freud de mes couilles !, je m’emporte. Si votre fille savait se défendre, elle ne serait pas en train de chialer parce qu’on lui aurait foutu de la colle dans les cheveux, car les autres gamins la respecteraient ! Désolé si je n’élève pas des victimes. »

Le flic se lève pour pouvoir me faire face et je fais un pas vers lui avant que l’autre hystérique ne se mette entre nous et que le directeur se racle la gorge pour essayer de ramener l’ordre.

« Du calme, nous dit le chef d’établissement avec une voix mal assurée. Écoutez, je suis certain qu’il y a une solution : les jumeaux seront certainement punis à leur domicile et prévenus qu’à la prochaine bêtise de ce genre, ils seront séparés.
– Quoi ?, j’articule difficilement.
– Écoutez, je ne pourrais pas garder des enfants aussi turbulents au sein de l’école. Les règles sont les mêmes pour tout le monde. J’en ai déjà discuté avec votre sœur et…
– Très bien, je le coupe. Merci de m’avoir reçu, j’ajoute en me tournant vers les parents de Marie-Rose pour leur sourire faussement. Messieurs. », je murmure à leur attention pour les saluer.

Je tourne les talons pour me diriger vers la porte et je sors. Avant de rentrer une dernière fois pour ajouter :

« Veuillez excuser mon impolitesse, je n’aurais pas dû dire ça à propos de votre fille. Elle a l’air tout à fait adorable.
– Mr Styles ?, m’interpelle le directeur.
– Oui ?
– J’avais prévu un entretien légèrement plus long, il m’explique.
– Oui, mais il me semble que nous nous sommes tout dit. Mes enfants sont mal élevés, il faut leur mettre de la colle dans les cheveux ou les séparer parce que les règles sont les mêmes pour tout le monde. »

Un froid que même Elsa la Reine des Neiges n’aurait pas réussi à jeter suit ma phrase et j’en conclus que c’est la fin de la conversation.

« Ma sœur viendra la prochaine fois, je crois que ça arrangera tout le monde. »

L’émotif a l’air désolé, le flic me regarde de travers et j’ai l’air du pire père qui soit. Mais ce n’est pas vrai, je ne suis plus un mauvais père. Je ne sais pas toujours comment m’y prendre, mais c’est nouveau pour moi alors j’aurais aimé un peu plus d’indulgence.

Je reprendrai rendez-vous avec le directeur seul, plus tard. Hors de question que je continue de passer pour un imbécile comme ça devant d’autres parents d’élèves. Je quitte définitivement le bureau et je m’abaisse auprès des enfants.

« Écoutez-moi les terreurs des bacs à sable, je ne veux pas savoir qui a fait quoi, c’est clair ? Mais ce n’est pas la première fois que vous vous retrouvez ici et ce n’est vraiment pas bien. », je gronde.

Ils baissent la tête et je m’en veux immédiatement. Je suis même prêt à m’excuser et à les prendre dans mes bras, mais je sais que je suis écouté de l’autre côté de la porte.

« Alors maintenant, vous vous excusez tous les deux auprès de Marie-Rose. Allez, j’insiste en voyant leur mine boudeuse.
– Pardon Marie-Rose, ils marmonnent d’une même voix, sur un ton monotone.
– Bien. Et vous avez même gagné le droit de l’inviter à jouer un après-midi. C’est une chouette petite fille, pas vrai ? »

Je souris à Marie-Rose et elle me rend le sourire sans hésiter. Je réalise que ma proposition est peut-être un peu précipitée lorsque j’entends des “hors de question” ou “il ne le fera pas” derrière la porte du bureau.Ils vont voir si je ne vais pas les contacter pour leur prouver que je peux arranger les choses sans que mes enfants ne soient séparés.

« Je contacterai tes parents, je conclus à l’attention de la petite blondinette qui me regarde avec ses grands yeux bleus, les mêmes que ceux de son père. Allez, en route les monstres ! »

Mes deux bébés – qui n’en sont plus vraiment – sourient à nouveau et me sautent au cou. Je me relève avec un équilibre précaire et nous partons tous les trois pour quitter l’école maternelle.

Je réentends ma mère me dire qu’essayer de les scolariser n’est pas une bonne idée, qu’ils sont deux et que, pour l’instant, c’est suffisant. Je la réentends me dire qu’ils n’écoutent déjà pas leur père alors : « Bon sang, mais qu’est ce que tu veux qu’ils fassent dans une école, hein ? Ils sont trop en avance sur les autres, ils vont s’ennuyer, faire des bêtises et se faire disputer. »

Évidemment, je veux lui prouver qu’elle a tord et je refuse de baisser les bras – même si elle a drôlement raison pour le moment. 

Je prends le temps de correctement attacher Nola et Thaïs dans leur siège auto et je monte à l’avant.Je suis en vacances depuis une demi-journée seulement et c’est déjà le chaos.Mais je sais que tout ça ne fait que commencer parce qu’ils n’ont que cinq ans et je sens que la vie de père célibataire va encore me résonner dans les oreilles comme un échec cuisant.

« Pourquoi on peut pas rester avec toi quand tu travailles pas ? », me demande Thaïs avec la mine boudeuse.

Je peux la voir à travers le rétroviseur, les bras croisés, ses sourcils froncés et ses cheveux blonds complètement emmêlés. Je vais encore passer des heures à la brosser pendant qu’elle se débattra car elle voudra aller jouer.

« Pourquoi t’as détaché ta queue de cheval ?, je demande.
– C’est moche ! », elle répond, fâchée.

J’affiche un air blasé parce que j’ai passé du temps à la coiffer ce matin et qu’elle ne fait même pas semblant d’en avoir conscience.

« Vous ne pouvez pas rester avec moi parce que tous les enfants vont à l’école et que vous devez y aller aussi, je leur explique.
– Mais c’est nul l’école. On préfère quand c’est tata qui le fait, réplique Thaïs.
– Oui, je sais. Mais comment est-ce que vous voulez vous faire des copains si vous ne rencontrez pas d’autres enfants, hein ?, je tente.
– On n’en veut pas. », ils se défendent en même temps alors que je soupire.

Si je n’étais en train de conduire, j’aurais très volontiers laissé ma tête s’écraser sur le volant pour pouvoir me rendre sourd avec le bruit du klaxon.

« Sauf que ce n’est pas vous qui décidez, je tranche aussi gentiment que possible. C’est pour votre bien.
– Tu nous aimes plus ?, me demande Thais avec une petite moue, juste histoire de me faire culpabiliser.
– Quoi ? Rah mais non. Vous ne commencez pas avec ça, d’accord ? Je vous connais tous les deux, hein. Je vous connais. Vous arrêtez tout de suite. Vous savez très bien que je vous aime, et exactement pareil. Mais je vous ai déjà expliqué qu’il arrivait que les adultes fassent des choix pour les enfants et que même si vous n’êtes pas d’accord, c’est toujours pour votre bien. Toujours. »

Pour toute réponse, ils font le truc que je déteste le plus au monde : parler dans une langue qu’ils ont inventée pour ne pas que les adultes comprennent. Génial.

Lorsque nous arrivons, je repère les trois ou quatre paparazzi qui campent devant le portail de ma propriété et j’ouvre la fenêtre en leur demandant gentiment de ne pas prendre en photo le visage de mes enfants.

Je traverse le parc alors que le portail électrique se referme derrière nous et je comprends vite que je dois me préparer à lire tout un tas de conneries sur moi dans la presse à scandales de demain. Parce que je suis enfin chez moi et que j’ai l’air de me rappeler que j’ai des enfants.

Parfois, en y réfléchissant vraiment bien, je n’ai pas envie que les jumeaux grandissent. Je n’ai pas envie qu’ils apprennent à lire.                                                                              * * *La fin d’après-midi a été longue et la soirée encore plus.J’ai l’impression de ne pas avoir vu mes enfants depuis tellement longtemps qu’en plus de mon impatience, je suis incapable de les gérer. Pourtant, lorsque je suis loin d’eux et que je ne peux pas les emmener avec moi, il ne se passe pas un jour où je ne leur parle pas.C’est vrai que le tournage de mon dernier film a été vraiment long et que j’aurais aimé me reposer un peu, mais c’est impossible lorsqu’on est parent de Nola et Thaïs.

« Papa !! Thaïs m’a caché ma pièce de puzzle !
– Parce que Nola m’a pris mon doudou ! », il se défend.

Après ça, je n’arrive plus à suivre ; ça crie, ça s’accuse et quand ça commence à se pincer et se mordre, je suis obligé de courir jusqu’à eux pour les séparer. Athéna se jette entre mes jambes, en larmes et tenant son bras.

« Hey mais ça va pas ou quoi ?, je me fâche en prenant ma fille dans mes bras pour la calmer. Thaïs bon sang mais est-ce que t’es un chien ? 
– Non, il répond en me regardant droit dans les yeux, avec un air de défi.
– Alors pourquoi tu mords ta sœur ? T’as pas assez mangé tout à l’heure, c’est ça ?, je demande alors qu’il se met à rire. Excuse-toi, Achille, y a vraiment rien de drôle.
– Pardon, il soupire avec agacement.
– Va t’asseoir là-bas, j’ajoute en désignant la petite chaise bleue dont il se sert lorsqu’il dîne sur la table basse devant la télé.
– Je suis puni ?, il s’étonne avec ses yeux grands ouverts.
– Bien sûr que oui, t’es puni ! T’as mordu ta sœur !
– Mais c’est elle d’abord ! C’est elle qui a commencé à me pincer !! », il rétorque.

Mon fils de cinq ans me répond effrontément et ma sœur le punit pour ça, elle dit que c’est de l’insolence. Je sais que je dois sévir, mais il me fait de la peine.

« Tu discutes avec moi ?, je demande sévèrement.
– Non.
– Alors va t’asseoir. »

Il se résigne et rejoint sa petite chaise en tapant des pieds sur le carrelage, comme s’il avait l’intention de faire des trous dans le sol.

« Fais voir, je demande à Nola alors qu’elle calme ses sanglots.
– Nola c’est un pire-des-nia, elle pleurniche en me montrant son bras.
– Un quoi ?, je demande, sourcils froncés.
– Un pire-des-nia. Le poisson qui croque, papa !
– Oh, je souffle, sans être capable de m’empêcher de rire. On dit un piranha. Et non, ce n’est pas un piranha. C’est un petit garçon vraiment pas gentil.
– Si je suis gentil !, me coupe Thaïs.
– Non, tu m’as mordu comme un chien, rétorque Athéna.
– J’suis pas un chien !
– Si !
– Non !
– Si !
– Non !
– Ça suffit !!, je crie pour qu’ils se taisent. Bon sang mais qu’est-ce qu’il y a aujourd’hui ? Hein ? Qu’est-ce qu’il se passe ? »

Un long silence suit ma question. Je me fâche rarement, mais je suis fatigué de les voir dans cet état.

« Sur le canapé. Tous les deux », j’ordonne fermement.

Je pose Nola sur le sol et je la laisse rejoindre son frère sur le canapé. Pour les avoir bien en face de moi, je m’installe sur la table basse.

« Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce qui ne va pas, hein ? Pourquoi tu pinces ton frère ? Et toi ? Pourquoi tu mords ta sœur ? Vous n’avez jamais fait ça avant !
– C’est elle.
– Non, c’est lui !
– Stop. Stop ou vous allez vous coucher sans bisou et sans histoire.
– Oh non papa ! Toplait !, supplie Nola.
– Écoutez tous les deux. On est une équipe, non ? »

Ils hoche la tête à l’unisson.

« D’accord. Alors racontez-moi ce qui ne va pas, je demande.
– J’aime pas l’école, répond immédiatement ma fille.
– Nola… Mais c’est très bien l’école. Vous ne pouvez pas rester tous les deux toute votre vie, tu comprends ?
– Mais Thaïs il a des copains et pas moi. J’ai pas envie d’y aller.J’ai envie de rester avec toi. Toplait, toplait, elle quémande avec les larmes aux yeux.
– S’il te plaît, je la corrige avant de soupirer. Mais tu dois essayer mon bébé.
– Mais si on va à l’école alors on peut plus venir avec toi pour les voyages, elle me fait justement remarquer.
– Je vais trouver une solution, je promets. Ce n’est pas un problème.
– Tu vas rester ? », demande Thaïs.

Je m’apprête à dire non parce que c’est impossible, mais ils ont leurs yeux rivés sur moi avec tellement d’espoir que je dise oui que je suis incapable de dire l’inverse. Je les aime trop. Je serais prêt à n’importe quoi pour les rendre heureux et jusqu’ici, je crois que je n’ai pas fait mon maximum.

« Oui. Oui, je vais rester, j’affirme en réalisant que faire une promesse de ce genre à mes enfants, sans en avoir parlé avec Sophie, mon manager, c’est très risqué.
– Promis ? », ils demandent en même temps.

Tous les deux lèvent leur petit doigt et sans vraiment y réfléchir, j’y accroche les miens en signe de promesse.

« Promis, je dis. On va faire un marché tous les trois. Si vous vous tenez correctement à l’école, alors je vous promets de ne pas accepter de jouer dans un film jusqu’à la fin de l’année scolaire.
– Pour de vrai ?, ils demandent avec enthousiasme.
– Oui. Parfois je suis obligé d’aller à des fêtes pour mon travail, vous savez ?
– Oui. Quand tu bois les trucs qui rendent débile. », répond Thaïs.

Je fronce les sourcils, un peu surpris par son raisonnement.

« Hey, qui t’a dit ça ?
– C’est tata Marie. Elle a dit que t’avais vraiment eu l’air d’un imbécile la fois où t’étais tombé dans la rue.
– Thaïs il a écouté aux portes. C’est pour ça qu’il le sait, dit Nola.
– Sale cafteuse.
– Non, c’est toi !
– Non, c’est toi !
– Ok ! C’est bon, je tranche pour qu’ils se taisent. Papa fait des trucs débiles parfois, c’est pas grave. Ça arrive. Mais c’est fini maintenant, j’arrête. Puis regarde, t’as mordu ta sœur toi, tu crois que c’était intelligent ? Et toi ? T’as pincé ton frère. Voilà. On fait tous des trucs stupides.
– Est-ce que tu t’es fait mal quand t’es tombé ? », m’interroge Nola.

Je me sens tellement con que j’ai vraiment honte que mes propres enfants me posent ce genre de questions. Alors comme c’est moi l’adulte, j’ai le droit de changer de sujet.

« On était en train de parler sérieusement là. »

Les jumeaux se redressent correctement, signe que j’ai à nouveau leur attention.

« Alors voilà. On va dire que je ne partirai jamais plus de quatre jours, je dis en mimant le chiffre avec mes doigts.
– Oh non, alors. Deux !, dit Thaïs.
– Trois. Trois et c’est tout. », j’insiste pour avoir le dernier mot.

Ils boudent, mais la perspective de m’avoir tous les jours à leurs côtés semble de leur convenir. En faisant cette promesse, je sais que je devrais refuser énormément de soirées ou d’avant-premières et que Sophie va certainement venir m’agiter mon contrat sous les yeux en guise de menace ultime, mais mes enfants doivent devenir une priorité alors je ne regrette pas cette promesse. Pas encore, du moins. 

« Alors trois jours maximum, je répète. Mais vous devrez bien vous comporter à l’école. Je ne veux plus que vous embêtiez des enfants, que vous cassiez le matériel, que vous vous cachiez à l’heure du déjeuner. Interdiction de parler dans votre langue que personne ne comprend quand vous êtes à l’école aussi. Et quand la maîtresse dit quelque chose alors on écoute et on obéit. C’est le papa de l’école, d’accord ? Et quand papa dit quelque chose, qu’est-ce qu’on fait ?, je demande.
– On écoute et on se tait, ils répètent à l’unisson la phrase qu’ils ont apprise par cœur.
– D’accord. On ne tape pas, on ne mord pas, on ne tire pas les cheveux, pas de colle dans les cheveux non plus. Vous ne faites pas ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fasse. Est-ce que c’est clair ?
– Moi je vais pas tout retenir…, soupire Nola.
– Et si on n’est pas sages sans faire exprès ? », demande Nola.

Je soupire, complètement dépité.

« Faites un effort, s’il vous plaît. Sinon vous serez chacun dans une classe, séparés, et personne ne veut ça.
– Mais tu peux dire que tu veux pas, toi. T’as le droit de décider. », insiste Thaïs.

Si j’avais été plus fatigué, j’aurais pu pleurer tant leur débat incessant m’épuise. Ils ont toujours quelque chose à répondre et c’est très agaçant.

« C’est le directeur qui décide. C’est lui le chef à l’école. C’est pas moi. »

Thaïs fait le moue ; mais je crois qu’ils finissent par comprendre qu’ils doivent bien se tenir.

« Est-ce qu’on peut aller jouer avec des autres enfants ?, me demande soudainement Nola.
– Oui, bien sûr, je réponds avec enthousiasme.
– Moi j’ai pas envie, dit Thaïs.
– Mais pourquoi ? Regarde cette petite fille, là. Marie-Rose. Elle a l’air d’être très gentille !
– Tu sais, elle a un iPad et pas nous et elle dit que c’est bien les iPad et les autres enfants ils ont aussi des iPad et même pas nous !
– Vraiment ?, je demande, un peu blasé.
– Oui. Nous on fait les puzzles et on n’a pas d’iPad. »

Je soupire parce qu’à leur âge, je ne cèderai pas.

« Bon. Écoute, ce n’est pas le propos. Je vais inviter Marie-Rose à venir passer l’après-midi ici et tu verras, tu vas te faire une copine et ça ira mieux à l’école. Tu vas apprendre plein de choses, c’est chouette l’école, j’insiste.
– Mais t’as même pas été toi ! C’est tata qui l’a dit ! »

Je perds patience et même si j’essaie de prendre sur moi, il y a un moment où je sens que je m’énerve et ce moment est arrivé. Il faut également que j’ai une discussion avec ma sœur, parce qu’elle semble dire beaucoup de choses à mes enfants et qu’ils n’hésitent pas à s’en servir contre moi.

« Bon, ça y est. Vous avez trop discutez. Maintenant au lit, je n’ai plus envie de vous entendre, je soupire en me levant de la table basse.
– Pour toujours ?, demande Nola.
– Pour ce soir !
– Ah bah j’ai eu peur quand même. »

Je passe une main sur mon visage, incapable de ne pas me mettre à rire. Ils vont m’avoir à l’usure, je le sais.

« Allez les monstres. Au lit !
– On peut lire une histoire ?, demande Nola.
– On peut dormir dans ton lit ?, renchérit Thaïs.
– Oh oui ! On peut regarder un film pendant qu’on s’endort ? Hein ? Hein ? »

Je jette un œil à ma montre : il n’est même pas 22 heures et pour un vendredi, il est vraiment trop tôt pour que j’aille dormir également, mais je capitule.

« Ok, tous dans mon lit. On met Hercule et pas de discussion. », j’annonce.

J’ai le droit à un milliard de bisous, à des cris de joie et à tout plein de compliments à base de lune, de soleil et d’arc-en-ciel, puis d’un coup, ils filent à l’étage et le silence me presque fait du bien.

Au bout d’une vingtaine de minutes de dessin animé, mes jumeaux dormaient profondément, alors je me glisse hors du lit pour prendre une douche et réfléchir à tout ce qu’il s’est passé aujourd’hui. Parfois j’ail’impression de me noyer, d’être dépassé par les événements. Mais je ne peux pas craquer. Pas quand le monde entier me regarde.

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Le monde est-il devenu fou


ces genres de personne alors quand je vous dis les aires de repos, c’est ainsi ce monde doit aimer autant voir, ces genre de personne faire sa devant vos enfants je comprends maintenant pourquoi il y a des tas de gamines et des gamins dans des situations si différentes d’autres enceintes d’autres il agresse alors des félicitations la France.

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