Louis Adams


Louis Chapitre 2

Je déteste que Mathieu travaille de nuit et je ne sais pas trop pourquoi, j’ai encore plus de mal à le supporter ces temps-ci. Je ne me sens pas en sécurité et surtout, je ne le sens pas en sécurité ; c’est la nuit qu’il arrive les pires horreurs en ville et j’ai toujours peur que le téléphone sonne pour qu’on m’annonce une mauvaise nouvelle. Je sais bien que c’est stupide mais Londres n’a rien d’une ville tranquille. Surtout pas le week-end, à la sortie des boîtes de nuits.

Aujourd’hui, Mathieu n’a même pas eu le temps de dîner avec nous alors je n’ai pas mangé non plus. J’ai couché Marie-Rose après que nous ayons regardé un film de Noël à la télévision et ça fait quelques heures que le traitement de texte est ouvert sur l’écran de mon ordinateur, sans pour autant que je sois capable d’écrire une quelconque ligne.

Le temps passe et mon Blog est toujours au point mort. Louis m’a poussé à arrêter de travailler pour que je m’y consacre mais j’ai l’impression de ne pas y arriver plus.Tout est toujours plus intéressant que mon ordinateur : le tableau qui penche un peu sur le mur, les ombres que reflètent la veilleuse de Marie-Rose dans le couloir, mon stylo qui n’écrit plus vraiment mais avec lequel je m’acharne à griffonner quelques dessins.

À l’instant même où je me dis que je vais vraiment m’y mettre parce que je n’ai pas le droit de perdre autant de temps, mon portable vibre : j’ai un e-mail.

Excellente excuse pour repousser l’écriture d’encore quelques minutes. 
De : louis Adams
À : Marie Berno
Objet : Invitation
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Salut Tattie Marie,
Nous voulons t’inviter à venir chez nous demain après-midi à partir de 14 h.
Réponds-nous vite,
Nola + Thais
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Je relis l’e-mail à plusieurs reprises pourquoi c’est enfants m’envoie cette invitation – puis la provenance : Louis Adams. Je suis presque surpris par la simplicité de son adresse e-mail ; pour un frère célèbre, je pensais qu’il aurait fait plus compliqué que ça. Cela dit, je ne le connais  personnellement, je sais simplement ce que les médias en disent et tout à l’heure, il m’a semblé être à l’opposé du gars hautain et insupportable qu’on nous décrit habituellement. C’est vrai qu’il n’a pas été très agréable non plus, mais je pense qu’il se défendait simplement. D’ailleurs, je ne peux pas m’empêcher de me dire qu’une célébrité mondialement connue prend pas le temps de m’écrire à 21 heures du matin, comme s’il n’avait rien de mieux à faire.

J’ouvre la boîte mail sur mon ordinateur et comme c’était bien plus intéressant qu’écrire un bouquin complètement nul, je réponds rapidement.


De : Marie Berno
À : Louis Adams
Re: Invitation.
 

Vous n’êtes pas couchés à cette heure-là ?!
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Après avoir envoyé, je fixe mon écran comme si j’attendais une réponse rapide et je suis incapable de faire autre chose. Mon portable vibre et je souris en actualisant la page sur mon ordinateur. Je suis en train de converser avec Louis Adams. Louis Adams. Ses gamins sont de vrais poisons, mais Louis Adams quand même !

De : Louis Adams
À : Marie Berno
Re: Re: Invitation.


Si. Mais notre père ne savait pas comment tourner l’e-mail sans avoir l’air d’un imbécile après ce qu’il s’est passé cet après-midi. Et il s’excuse encore pour son attitude
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Désoler sœurette Si mes doigts parcouraient le clavier avec autant de rapidité pour écrire mon livre, il serait terminé depuis longtemps. Je semble tout de même plus commode que sa sœur. Ou alors c’est parce qu’il est tard et que je deviens complètement stupide ?

De : Marie Berno
À : Louis Adams
Re: Re: Re: Invitation.


Demain à 14h, alors ?
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De : Louis Adams
À : Marie Berno
Re: Re: Re: Re: Invitation.

Oui.
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De : Marie Breno
À : Louis Adams
Re: Re: Re: Re: Re: Invitation.


D’accord. Marie-Rose sera là. En espérant que les enfants trouveront enfin un terrain d’entente.
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De :Marie Breni
À : Louis Adams
Re: Re: Re: Re: Re: Re: Invitation.

PJ : carte de visite.

Je ne peux pas m’empêcher de sourire comme une idiote. Encore. Je me sens presque privilégiée et mon cœur bat à mille à l’heure – alors que ce n’est que le numéro de téléphone d’un parent d’élèves. J’ouvre la pièce jointe et je l’imprime avant de supprimer le mail sans plus tarder. Je ne sais pas pourquoi je fais ça car ce n’est pas comme si les quatre contacts de mon carnet d’adresse pourraient être intéressés par le numéro de téléphone de ce type-là mais je crois comprendre qu’il fait attention à sa sécurité. Peut-être à cause de ses enfants ? Certainement oui. Même s’il n’a pas l’air d’être un père présent, il reste un père, non ? Alors je le comprends et je ne prendrai pas le risque de faire du tord à sa famille.

De : Louis Adams
À : Marie Berno
Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Invitation.

 Euh de quoi tu parle ? 
Merci pour Marie-Rose.
À demain.
Louis.
_____

Je ferme mon ordinateur, convaincu que je n’arriverais pas à écrire cette nuit. Je me couche en me demandant ce que Mathieu penserais de tout ça ; je l’entends déjà me dire que c’est une mauvaise idée, que ça n’arrangera rien et que si Marie-Rose rentre en pleurant encore plus, je pourrais m’en prendre qu’à moi-même.

Mais s’il avait été là, nous en aurions discuté tous les deux. Et il n’est pas là.

Je ferme les yeux sur les coups de 6 heures du matin, lorsque j’entends enfin entendu la porte d’entrée se refermer lentement et que je suis rassuré de le savoir à la maison. Mathieu s’est douché et lorsqu’il se couche, je me blottie contre lui.

« Tu dors pas ?, il murmure en m’entourant de ses bras.
– Si, si, je mens. Ça a été ?
– Oui. Rien de très palpitant. Dors, Marie, il dit en embrassant mes lèvres. Tu vas être fatiguée demain. »

J’enfouis ma tête dans son cou et il caressé mon dos jusqu’à ce que je m’endorme vraiment.

* * *Il est presque midi lorsque Mathieu nous rejoint dans la cuisine. J’ai dormi deux heures à peine mais, pour l’instant, je ne ressens pas de fatigue. Nous sommes en train de déjeuner avec Marie-Rose, et Mathieu dépose un baiser sur son front avant de venir s’asseoir à mes côtés. Je réclame un baiser moi aussi et il sourit contre mes lèvres.

« Comment ça va ce matin ?, il demande avant de prendre une assiette pour se servir à manger.
– Ce midi, corrige Marie-Rose en souriant.
– Oui. Ce midi. Hey, mais quelqu’un a été chez le coiffeur, on dirait ?! »

J’affiche une petite moue parce que j’aimais beaucoup ses jolies cheveux blonde lorsqu’ils étaient tressés, et que c’est impossible maintenant. Mais Marie-Rose sourit de toutes ses dents, fière du carré que nous avons été obligé de lui faire à cause des bouts de colle qui faisaient des nœuds et refusaient de partir.

« On a été ce matin pendant que tu faisais dodo !, explique Marie.
– T’es toujours aussi belle, mon ange. Tu le sais ? », répond Mathieu avec un sourire. 

Marie-Rose chausse les épaules timidement avant de fixer sa purée comme si c’était la chose la plus intéressante du monde. Mathieu se tourne vers moi pour murmurer que c’est plus long que ce qu’il s’est imaginé. 

« Heureusement. », je réponds du bout des lèvres.

On a tout de même coupé plus de six centimètres, mais ses cheveux touchent malgré tout ses épaules et comme ils poussent assez vite, le massacre est évité.

« Et qu’est-ce que vous avez prévu de faire cet après-midi ? », demande Mathieu en prenant une bouchée de la purée maison que j’ai préparée.

Marie-Rose relève la tête avec une petite sourire radieuse et je me me lavé les mains. Ou faire autre chose. Loin de Mathieu.

« Je vais jouer chez Thaïs et  Nola. », elle répond, toute contente.

J’entends Mathieu se tourner immédiatement vers moi, mais je lui tourne le dos. Je sens malgré tout son regard me brûler la colonne vertébrale tant il est en colère contre moi.

« Comment ça tu vas jouer chez eux ? C’est bien ceux qui t’embêtent à l’école ?, il demande à l’attention de Marie-Rose.
– Tu sais papa, peut-être qu’ils sont gentils chez eux. On sait jamais. »

Parfois, la naïveté de ma fille me coupe le souffle. C’est beau et si les adultes pensaient comme elle, le monde serait meilleur. Mais je sais que Mathieu est – légèrement – plus terre à terre que ça.

« Tu as fini de déjeuner ?, il lui demande gentiment.
– Non mais j’en veux plus trop… », elle bredouille.

Je retiens un soupir : bien sûr qu’elle n’en veut plus trop, elle ne mange jamais rien. C’est toujours la guerre pour qu’elle termine son assiette.

« D’accord. Va manger ton dessert devant la télé alors. », il répond.

Toujours en évitant le regard de Mathieu, je me dirige vers le frigo pour tendre à Marie-Rose un yaourt à boire, qu’elle prend en me remerciant avant de filer dans le salon.

« Elle a à peine mangé, Mathieu. T’aurais pu…
– Tu te fous de moi ?, il enchaîne en se levant pour aller fermer la porte de la cuisine.
– Qu’est-ce qu’il y a ?, je demande dans un soupir.
– J’en sais rien, rappelle-moi pourquoi t’as dû conduire la petite chez le coiffeur ce matin, par exemple ? »

Je soupire avant de me tourner vers lui pour enfin lui faire face.

« C’est Mon Frère qui a proposé ça.
– Je me doute que ce ne sont pas les enfants, en effet. », il lâche avec sarcasme.

Rien qu’en repensant à la tournure du premier mail, je souris.

« Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ?
– Rien. Écoute, c’est peut-être une bonne idée. Peut-être que c’est ce qu’il faut pour qu’ils se réconcilient, j’insiste.
– Mais ils sont toujours deux, et Marie-Rose est toujours toute seule. Chez eux ou à l’école, y a rien qui change. »

Je soupire, sans trop savoir comment argumenter sans finir sur un “très bien, j’annule” qui ferait de la peine à Marie-Rose.

« Tu sais très bien qu’elle a du mal à se faire des amis, je tente.
– Et donc, au lieu d’inviter n’importe quel autre gamin de sa classe, tu la laisses aller chez ceux qui l’ont prise en grippe depuis le début de l’année. Puis comment est-ce qu’il t’a contacté, d’abord ?
– J’en sais rien. Grâce à la feuille des mails du début d’année, je suppose. »

Mathieu lève les yeux au ciel, vraiment agacé.

« Donc tu vas la déposer là-bas et la laisser ?, il reprend.
– Oui. Et elle va s’amuser avec des enfants de son âge et faire autre chose que jouer avec cette cochonnerie de iPad que tu lui as achetée pour son anniversaire.
– Ne recommence pas avec ça !, il ronchonne.
– Tu sais bien que je n’étais pas d’accord ! Tu sais très bien que ce n’est pas le meilleur moyen que tu aies trouvé pour la rendre sociable !
– Mais ça n’a rien à voir ! Elle est juste timide !, il se défend.
– Et toi, tu lui montres que ce n’est pas grave, parce qu’elle peut toujours s’amuser toute seule ! »

Mathieu retient un grognement et je l’imite, frustré de ne pas pouvoir me mettre à crier pour évacuer tout cet agacement, au risque que Marie-Rose nous entende.

« Cet après-midi chez les Adams n’est pas une bonne idée.
– Mais elle va quand même y aller. Tu l’aurais vue quand je lui ai dit qu’on l’avait invitée à jouer !
– Elle ne se rend pas compte de chez qui elle se rend, elle est trop petite.
– Elle n’est pas stupide, elle sait très bien qui sont Thaïs et Nola. Puis à t’entendre, on a l’impression qu’elle va se retrouver enfermée dans une chambre avec deux monstres qui vont la torturer. Leur père sera là, je te signale. Il n’est pas idiot, il ne va pas laisser ses gamins faire n’importe quoi sous son nez.
– Il est là ? T’as confiance en ce gars-là, toi ?, il s’étonne. Tu ne le connais même pas  comme il dis? et, hier encore, t’étais à moitié en train de l’agresser à propos de sa manière d’éduquer ses enfants. Mais vous êtes combien dans ta tête et à qui est-ce que j’ai à faire ? Hein ?, il demande avec une once d’ironie, juste pour détendre l’atmosphère.
– Mathieu, je n’ai pas envie de rire, je souffle l’air amusée malgré tout.
– Moi non plus, il reprend plus sérieusement. Puis admettons que ça marche, ok ? Admettons que dans le meilleur des mondes, ça se passe bien et que Marie-Rose se fasse des copains. Pourquoi tu choisis ceux qui risquent de quitter l’école à la fin de l’année ? Mais tu veux la traumatiser ou quoi ? »

Bien évidemment, je n’ai pas pensé à ça. Je n’ai même plus d’argument, mais je ne me laisserai pas faire pour autant. Il est hors de question que j’annule, surtout quand je sais que Marie-Rose est ravie de se faire inviter.

« T’avais qu’à être là hier soir, on en aurait discuté tous les deux et je n’aurais pas dit oui bêtement. C’est trop tard maintenant. »

Mathieu me fixe tellement longtemps en silence que je baisse les yeux.

« C’est le seul moyen que t’as trouvé pour me reprocher de travailler de nuit ?, il demande, non sans masquer son agacement.
– T’as une famille, je te signale. Ce n’est plus pour toi, les horaires de nuit.
– Mais depuis qu’on se connaît, ça a toujours été comme ça, Marie !
– Et ça doit rester comme ça pour toujours ? Bon sang mais quand est-ce que tu vas intégrer que je suis là et que Marie-Rose aussi ? Hein ? Quand ? Ça fait trois ans qu’on est ensemble et deux que tu vis avec nous alors mince, Marie, quand ? Quand est-ce qu’on aura le droit d’avoir une vie de famille normale ?
– Ça ne te plaît pas que je sois là la journée ? Ça ne te plaît pas que j’aille avec toi chercher Marie-Rose à l’école ? Que j’assiste à toutes ces réunions de merde et que je double mon salaire parce que t’as à peine de quoi vivre convenablement ?
– Tu mélanges tout. », je soupire, résigné.

Il lève les yeux au ciel en laissant ses mains claquer ses sur ses cuisses.

« C’est toi qui mélange tout. On ne peut pas vivre autrement, Mathieu ! Pas depuis que tu as décidé de te remettre à l’écriture. C’est mieux pour toi, pour Marie-Rose.
– Mais pas pour nous, je murmure en fixant un point dans le vide, derrière la tête de mon compagnon.
– Comment ça, pas pour nous ?
– Arrête. Tu sais très bien ce que je veux dire. »

Il secoue la tête ; pas parce qu’il n’a pas compris ce que j’insinue, mais parce qu’il veut me l’entendre dire. Je le déteste de me faire ça : il sait très bien à quel point ça me gêne, il sait très bien que j’ai beaucoup de mal à en parler.

« Rien. Laisse tomber, je marmonne.
– Et c’est tout ? C’est comme ça que tu règles un “c’est pas bon pour nous” toi ? »

Je fais un pas vers la porte pour quitter la cuisine, mais il se met sur mon chemin pour m’empêcher de passer. Il a un sourire en coin et je sais qu’il va m’emmerder, mais au moins, il n’est plus en colère.

« C’est parce qu’on n’a pas fait l’amour depuis longtemps ?, il demande en souriant toujours.
– Shhhht, je le dispute en faisant de grands signes.
– C’est ça ? C’est pas comme si on ne faisait rien non plus, Marie.
– Tais-toi. Tu sais que ça me gêne de parler de ça. »

Mais lui, ça le fait marrer. Puis je sens que j’ai chaud tellement je me mets à rougir.

« Mais c’est ce que tu sous-entendais, non ? C’est à ça que tu faisais référence ?
– Oui. », je balbutie avant d’essayer de passer pour sortir de la cuisine.

Mathieu m’attrape par la taille et me colle fermement à lui. Mon cœur s’emballe et je suis aussi bien que mal à l’aise. C’est étrange comme sensation, d’ailleurs. Il embrasse ma mâchoire, mon cou ; mon cœur bat la chamade et quand ses mains empoignent mes fesses, j’essaie de me défaire de son étreinte.

« Arrête, Marie-Rose est à côté !
– Et alors ?
– Quoi et alors ? Qu’est-ce que tu comptes faire là ? »

Ses lèvres quittent à peine ma peau et, malgré moi, je frissonne à chaque nouveau baiser.

« Réparer mes erreurs, consolider notre “nous”, j’en sais rien. Appelle ça comme tu veux, il suggère avec un sourire en coin.
– Non. Pas quand Marie-Rose est à côté ! Mathieu !, je murmure en tentant de me défaire de lui.
– Mais pourquoi ?
– Tu te vois lui expliquer ce qu’on était en train de faire si jamais elle nous surprend ? Parce que ce n’est pas moi qui le ferai, je te préviens, je menace.
– Raah, il ronchonne en lâchant prise. T’es chiante, merde. J’avais grave envie, là !
– Ouais. Bah moi aussi. Mais comme tu travailles la nuit et que le jour, on a une fille, tu calmes tes ardeurs, je tranche sèchement.
– Mais la semaine elle est à l’école. C’est toi qui me dit “non mais il faut que j’écrive là” ; je ne suis pas le seul fautif.
– La nuit, je dors, je mens. Alors si je n’écris pas le jour, quand est-ce que j’écris ?
– J’en sais rien, il réplique avec un air résigné. Mais entre Marie-Rose qui mange à la maison le midi et toi qui fait semblant d’écrire l’après-midi, on ne va pas s’en sortir.
– Je ne fais pas semblant !, je me défends.
– Tu préfères gribouiller sur le bloc note à côté de ton PC. D’ailleurs, si tu décidais de faire un livre de gribouillages, il serait déjà prêt. »

Comme il sourit, je ne peux pas m’empêcher de rire.

« Y a rien de drôle, je rétorque malgré tout, en essayant de reprendre mon sérieux.
– Mais c’est toi qui me dis qu’on ne fait plus l’amour, mais tu es tout aussi fautif que moi. »

Une fois de plus, il passe ses mains dans le bas de mon dos pour m’attirer à lui. Ses lèvres trouvent les miennes alors que mes bras s’enroulent autour de son cou. Je le sens sourire mais il n’a pas gagné. Hors de question avec Marie-Rose dans le coin. Je me détache de lui et il soupire à nouveau.

« Pas quand Marmotte est à côté. Va prendre une douche, ça te calmera, je conclu alors qu’il lève les yeux au ciel.
– Viens avec moi.
– Non.
– Mais allez… Un petit truc rapide. Marie-Rose est devant la télé et la porte de la salle de bain ferme à clé.
– Un petit truc rapide ? C’est quoi ? Moi à genoux dans la douche pendant que tu fais mine de me laver les cheveux ? »

Mathieu se met à rire et je le bouscule, encore plus rouge que tout à l’heure.

« Non, je réponds.
– Pourquoi ?
– Parce que. J’en ai marre des petits trucs rapides sous la douche ou le matin quand t’arrives et que tu ne sais pas quoi faire pour réchauffer tes mains.
– Comme si t’aimais pas ça. », il dit avec un sourire malicieuse.

Une fois de plus, nos corps se retrouvent tellement proches que j’ai l’impression de sentir son cœur battre contre le mien. Mon sang bouillonne dans mes veines et ses mains sur ma peau ne m’aident pas à rester sérieux.

« Arrête, ça me gêne, j’ai répété.
– Non, il a chuchoté en embrassant mon cou, mon épaule, alors que ses mains passaient sous mon t-shirt. Rapidement, il poursuit. Et cet après-midi, je suis à toi.
– Tiens, ça t’arrange bien que j’aille déposer la petite là-bas, non ? »

Il sourit contre ma peau, sans me répondre directement.

« Je t’attends là-haut. »

Mathieu embrasse mes lèvres et il est part, comme ça. Je soupire en essayant de reprendre mes esprits. Je débarrasse la table et comme La Petite Monstre est en train de somnoler devant la télé, je vérifie cinq cents fois que la porte d’entrée est bien fermée à clé avant de monter rejoindre Mathieu.* * *Les Adams n’habitent pas très loin de chez nous et pourtant, leur quartier est un millier de fois plus riche que le notre. C’est normal, en fait, Louis fait partie des plus grosses fortunes du monde selon Forbes, mais c’est tout de même impressionnant de voir les manoirs et les grosses demeures toutes concentrées au même endroit.

Je jette un œil à Marie-Rose dans le rétroviseur ; elle est accrochée à son doudou comme à une bouée de sauvetage. Ça me fait mal au cœur et je me dis que ce n’est peut-être pas une si bonne idée que ça. Alors quand je me gare face à l’interphone de l’énorme portail qui semble être celui des Adams, je prends tout de même le temps de me tourner vers elle.

« Tu es sûre que tu veux jouer là-bas ? », je demande.

Elle hoche timidement la tête.

« Tu sais très bien que si ça ne va pas, si tu veux rentrer, papa viendra te chercher tout de suite, d’accord ?
– D’accord.
– ton oncle est très gentil alors n’hésite pas à lui demander ce que tu veux. Aller aux toilettes ou un verre d’eau, je précise, histoire de lui donner des idées.
– Oui. »

Je tends mon bras vers elle pour caresser son genou – et essayer de la rassurer par la même occasion.

« Ça va être chouette, tu vas voir. », je lui assure.

Je crois que j’essaie aussi de me convaincre que tout va bien se passer parce que c’est la première fois que je laisse ma fille chez Mon Frère, alors je panique sans véritablement comprendre pourquoi.

Finalement, je me réinstalle convenablement dans mon siège pour ouvrir la vitre et je tends le bras pour appuyer sur l’interphone. J’entends vaguement quelqu’un s’adresser à moi, alors j’annonce distinctement que c’est la Maman de Marie-Rose et le portail s’ouvre.

J’avance lentement dans l’allée et le parc qui entoure la maison est tellement magnifique que je m’en veux de rouler là, avec ma voiture bas de gamme. Je fais complètement tâche dans ce décor. Je me sens encore moins à ma place lorsque je me gare au pied de la maison. Enfin, maison. Ça n’a rien d’une maison tellement c’est énorme. C’est carrément un manoir.

« Moi aussi je veux une maison comme ça ! », s’exclame Marie-Rose.

Je ne peux pas m’empêcher de sourire. Un jour je gagnerai à la loterie nationale et je pourrai la contenter. Un jour.

« Allez. On sort. », je chuchote, comme pour me donner du courage.

Je fais le tour de la voiture pour libérer Marie-Rose de son siège-auto et je l’aide à descendre de la voiture. Je ne peux pas m’empêcher de regarder tout autour de moi, comme un gamine. Je n’ai jamais vu un manoir aussi grand à part à la télévision et c’est plutôt impressionnant de se dire que des gens y vivent vraiment, que ce n’est pas un musée.

« Par ici ! »

Je cherche d’où vient la voix et c’est Louis t’on Oncle, sur la droite du manoir, qui nous fait signe d’approcher. Visiblement, pour entrer dans ce somptueux endroit, il faut passer par la porte de service.

Nos pieds s’enfoncent dans les graviers alors que nous nous dirigeons vers Louis, et je réalise que je n’ai pas songé au moment où nous devrions échanger des banalités, avant que je n’abandonne ma fille pour l’après-midi.

« Bonjour Sœurette!, il me dit avec un sourire.
– Bonjour Frangin, je réponds en m’embrassant  chaleureusement.
– Salut, Marie-Rose. Comment tu vas ? »

Il s’abaisse à son niveau et même si elle est à moitié cachée derrière ma jambe, elle ne se démonte pas.

« Ça va. », elle chuchote.

Elle est tellement timide d’ordinaire que j’ai envie de la féliciter pour son effort, mais je me dis que je le ferai ce soir.

« Tu viens ? », lui demande Louis en tendant une main vers elle.

Marie-Rose me regarde et comme je lui souris pour la rassurer, elle prend la main de Louis sans trop se méfier.

« Entrez quelques minutes, il ne fait pas très chaud. », il dit à mon attention.

Je les suis à l’intérieur – et quel intérieur, bon sang ! Même avec l’envergure de la maison, on n’imagine pas des pièces aussi grandes.

« Les jumeaux sont dans leur salle de jeux, ils t’attendent. », annonce Louis.

Dans ma tête je me dis : « Quoi ? Une salle de jeux ?! », mais je préfère le garder pour moi, et je fais comme si c’est tout à fait normal.

« Enlève ton manteau, mon ange. », je dis à Marie-Rose.

Elle hoche la tête puis elle s’exécute timidement. Elle garde son manteau dans les bras jusqu’à ce que Louis le lui prenne gentiment.

« Je le pose ici. », il annonce en s’avançant vers l’énorme canapé qui trône au milieu de l’énorme salon.

Marie-Rose hoche la tête puis elle reste là, ses doigts s’entortillant dans son t-shirt, ne sachant pas trop ce qu’elle doit faire.

« Thaïs ! Nola ! Venez dire bonjour ! »

Je sursaute presque en entendant Louis hurler, mais aucun des enfants ne répond jusqu’à ce qu’on entende un grésillement derrière nous.

« Mais papa ! On t’a dit qu’on est en mission ! Réponds dans le toukiwouki, ok ?! »

Je hausse un sourcil et je vois Louis chercher le fameux toukiwouki ; quand il le trouve, il fait une moue désolée avant d’essayer de se rappeler de “comment ça marche cette connerie–pardon ce truc” et il trouve finalement le bouton.

« Marie-Rose est arrivée, venez dire bonjour. Et on dit Talkie Walkie. 
– Ok, chef ! Touki-wouki. »

Louis veut corriger encore une fois, mais il se résigne et je ne peux pas m’empêcher de sourire. Dans les secondes qui suivent, on entend un bazar monstre à l’étage, puis dans les escaliers et les jumeaux arrivent en courant. Thaïs est déguisé en Shérif, Nola en princesse et je vois les yeux de Marie-Rose se mettre à pétiller.

« Salut Marie-Rose ! C’est cool tes nouveaux cheveux. », dit Thaïs.

Je trouve la remarque légèrement déplacée venant de lui, mais je crois que ce n’est pas une moquerie, il a l’air de vraiment penser son compliment, alors je me mord l’intérieur des joues et je souris.

« Merci, murmure Marie-Rose, toute gênée.
– Tu viens ? Tu peux choisir un déguisement toi aussi. Et on va t’expliquer notre mission. », dit Nola, avec enthousiasme.

Marie-Rose se tourne vers moi pour obtenir mon approbation, toute excitée, et je lui adresse un large sourire.

« Vas-y. », je réponds.

Elle court jusqu’à moi pour me faire un câlin et je me baisse pour lui faire un bisou.

« Je reviens tout à l’heure. Sois sage, d’accord ? Et amuse-toi bien.
– A tout à l’heure Maman, elle dit en souriant. Je t’aime. », elle ajoute en murmurant à mon oreille avant de rejoindre les deux terreurs, et de disparaître au détour d’un couloir.

J’ai envie de pleurer, un peu comme la première fois que je l’ai laissée à l’école, mais je fais comme si j’étais habituée à la situation pour ne pas avoir l’air d’une mère trop émotif.

« Tu as dû lui couper les cheveux  Pourquoi as tu suivi mes conseilles débiles?, me demande Louis.
– Oui, certaines mèches étaient irrécupérables.
– Je suis tellement désolé… Je peux payer ça. C’est de notre faute si…
– Non, je l’interromps. Ça va. Ce n’est rien. Ce n’est pas trop court et ça lui va très bien. »

Louis sourit et avant qu’un silence un peu gênant ne s’installe ; je me racle la gorge parce que je ne peux pas partir comme un voleur, sans échanger quelques banalités – même si je ne suis pas très doué avec les gens.

« Merci pour l’invitation, c’est très gentil de votre part, je commence par dire.
– C’est avec plaisir.
– Marie-Rose est très timide, elle a beaucoup de mal à se faire des amis alors… merci pour elle. »

Louis fait une petite moue compatissante.

« Elle a l’air adorable, il dit néanmoins.
– Elle l’est, mais elle ne parle pas beaucoup. D’ailleurs, n’hésitez pas à lui proposer d’aller aux toilettes de temps en temps, elle ne demandera pas toute seule même si je lui ai dit de le faire…
– D’accord. J’y penserai, il m’assure.
– Merci.
– Est-ce qu’elle est allergique à quelque chose ?, il enchaîne, sans que je ne comprenne pourquoi il me pose cette question. Pour le goûter, il précise.
– Oh. Non, non. Mais elle mange très peu.
– Même des gâteaux ? », il me demande, intrigué.

Je hoche la tête sans rien ajouter. Depuis qu’elle est en âge de manger seule, je me bats pour qu’elle mange plus de trois cuillères par assiette. C’est même pour ça que je ne la mets pas à la cantine le midi, parce qu’ils la forceraient à manger et que ce serait un enfer pour elle.

« D’accord. Je n’insisterai pas alors, me dit Louis.
– Merci. Et… sans vouloir diriger quoi que ce soit ou passer pour un rabat-joie, j’aimerais autant qu’ils ne jouent pas à des jeux vidéo ou… je me bats déjà chez moi pour éviter ça.
– Des jeux vidéo ?, il s’étonne.
– Oui. Sur une tablette, une console ou… ? »

Louis se retient de rire.

« Y a pas de ça chez nous, il explique. Enfin… Si. Y en a plein partout. Mais les enfants n’y ont pas accès. »

Je me sens tellement stupide que je rougis comme une tomate. Il est jeune, il a de l’argent à ne plus savoir qu’en faire alors si même Marie-Rose a un iPad, je pensais que les enfants de Louis Adams en aurait une. Même deux ou trois chacun.

« Ils ont une salle remplie de jeux de société, de jeux de création ou de livres… je crois que ça leur suffit pour le moment. C’est important à leur âge de stimuler l’imaginaire ou la motricité autrement qu’avec des trucs d’adulte, il m’explique.
– Je suis d’accord, je réponds, complètement déstabilisé par son discours. Je vais y aller…, j’ajoute en jetant un œil à ma montre. Pour quelle heure faut-il que je vienne la récupérer ?
– 17 heures ? C’est bon pour Toi?
– C’est parfait. Merci encore.
– Y a pas de quoi. »

Il me raccompagne jusqu’à la porte et il me serre dans c’est bras avant de me regarder m’éloigner.

« Le portail s’ouvrira tout seul pour sortir !, il m’avertit.
– Merci ! », je réponds avant de monter en voiture.

Je démarre en étant incapable de me défaire de l’idée que je suis sans aucun doute passé pour une vrai imbécile avec mes recommandations idiotes sur les jeux vidéo, alors que l’avis de Louis sur la question est nettement plus affûté que le mien. Je n’ai qu’une hâte maintenant : retrouver Maman pour lui annoncer que quelqu’un d’autre dans le monde pense la même chose que toi à propos de cet iPad à la con.

FAUNES ET FEMMES MAGAZINE

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La prespective des jeunes


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