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La femme moderne et libre la rébellion des femmes soumise

La première vague féministe est une période de l’histoire du féminisme qui va des années 1850 à 1945 et qui concerne les pays européens et les États-Unis.

Qu’est-ce que le titre, On ne naît pas soumise, on le devient révèle du point de vue que vous adoptez, et de la tradition beauvoirienne dont vous vous revendiquez ?

Ce titre me plaît beaucoup pour deux raisons. D’une part, il permet de démontrer la puissance philosophique de Beauvoir, qui est globalement ignorée en France. Elle est considérée comme la femme de Sartre, une auteur à succès, et une féministe un peu old school, mais elle est exclue du champ philosophique. Par conséquent, il m’a fallu partir aux États-Unis pour travailler sur la dimension philosophique de son œuvre. Et d’autre part, ce titre met en avant le concept de soumission, qui n’était pas un concept philosophique jusqu’à présent et dont la définition est une des contributions majeures de mon travail. La servitude a été étudiée par La Boétie mais dans un contexte strictement politique. Or, le point de vue de la soumission permet d’enrichir l’approche philosophique du pouvoir : à ne penser qu’en termes de domination, on ne pense que du haut vers le bas, alors qu’il y a un intérêt à penser le pouvoir du bas vers le haut, en se penchant sur ce qu’il y a de moins évident dans le pouvoir, c’est-à-dire la façon dont il est vécu.

Vous soulignez aussi l’originalité de l’approche de Beauvoir, qui s’inspire de la phénoménologie pour analyser la soumission des femmes. En quoi cette approche est-elle originale ?

Beauvoir cristallise plusieurs traditions : elle s’inspire bien sûr de l’existentialisme, mais elle aussi héritière de la phénoménologie au sens de Husserl et de Merleau-Ponty, dont elle était très proche. Elle part du principe qu’on ne peut pas réfléchir à la question de ce que c’est qu’être une femme sans réfléchir aux expériences subjectives, à la première personne. Mais ce n’est pas du tout une autobiographie qu’elle propose : au contraire, elle a collecté de nombreux témoignages et a fait un travail bibliographique incroyable, pour essayer de faire surgir des expériences singulières et, à partir d’elles, définir ce que c’est que d’être une femme, non pas à partir d’une définition mais en généralisant à partir d’expériences concrètes, ce qu’on appelle la méthodologie « bottom-up »  en sciences sociales

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Pour l’immense majorité des observateurs occidentaux, les femmes sont l’emblème de la société saoudienne dans ce qu’elle a de plus conservateur et le symbole de l’obscurantisme du régime. Voilée, enfermée, rendue mineure, soumise à l’autorité de son père, de son frère ou de son mari, « empêchée d’être » en un mot, la femme semble être le témoin majeur, quoique muet, de la violence et de l’oppression qu’un État réactionnaire et une société moyenâgeuse infligent à leurs membres les plus faibles.
Il est vrai qu’en Arabie saoudite les femmes ne jouissent pas aujourd’hui de tous les droits que la loi reconnaît aux hommes ; que sans la permission écrite d’un tuteur (mahram) masculin, elles ne peuvent ni voyager ni étudier à l’étranger ; que la part d’héritage que leur reconnaît la loi islamique est inférieure de moitié à celle de l’homme ; que leur principale sphère de liberté est parfois l’espace confiné du foyer conjugal et de la famille ; que bien des volontés conspirent pour confiner ces êtres « fragiles » et « tendres » dans la sphère exclusive de l’éducation des enfants. Ces particularités sembleraient honteuses à qui voudrait prendre une photographie instantanée de la condition féminine en Arabie. Pour qui, plus prudemment et laborieusement, s’efforce de replacer chaque phénomène social dans le cadre historique et politique où il se dessine, les caractéristiques de la condition féminine en Arabie appellent d’avantage l’analyse que l’indignation et l’invective. Toute velléité de condamner écartée, tâchons par conséquent de comprendre…

«On ne naît pas femme, on le devient» peut se comprendre comme: «On ne naît pas féminine, on le devient», la féminité étant socialement une forme de soumission. Voilà comment j’ai interprété la plus célèbre des citations de Simone de Beauvoir. J’ai aussi voulu montrer qu’elle est une «philosophe», et pas uniquement une «romancière». Avec ce livre, je veux clamer que la philosophie féministe est un champ à part entière de la discipline. Aux Etats-Unis, où tous les départements universitaires de philosophie ont un professeur de philosophie féministe, cela ne serait pas révolutionnaire. En France, j’estime que c’est un acte politique.

« Les normes sociales n’ont pas le même coût pour les hommes et pour les femmes »

Vous expliquez que la construction de la féminité, c’est de destiner les femmes à la soumission. Aucune ne peut donc y échapper?

Pour les hommes, parce que mon magazine ne s’adresse pas qu’aux femmes, cette tension est souvent incompréhensible. J’en entends beaucoup dire: «Vous dites que vous voulez être libres, mais vous faites le ménage alors que l’on ne vous a rien demandé…». Ce magazine peut leur faire comprendre à quel point c’est compliqué d’être prise en tenaille entre la féminité comme soumission et la liberté individuelle.

Je pense que nous en faisons toutes l’expérience. Prenez Beyoncé par exemple, elle est business woman, sportive de haut niveau, richissime… et pourtant, elle a l’air quand même très asservie à son mari lorsqu’elle est «la femme de Jay-Z». Cela ne veut pas dire que nous sommes toutes passives et dénuées de tout libre arbitre.

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Ce qui m’intéresse, c’est de proposer un concept qui nous concerne toutes et qui nous permette de penser nos vies personnelles et quotidiennes. C’est un usage à lapremière personne qui permet d’y voir plus clair sur des actes que l’on ne comprend pas très bien, ou sur cette ambivalence que des femmes peuvent ressentir, entre l’envie d’être libres et celle d’être «de bonnes épouses», «de bonnes mères», «de bonnes femmes». En interrogeant cette tension, on pourra remettre en cause la pérennité de la domination masculine.

Quelle est la spécificité du rapport de domination hommes/femmes par rapport à d’autres formes de domination, fondées sur la classe sociale par exemple ?

Le fait le plus fondamental, c’est que les femmes vivent avec les hommes dans la plupart des cas, et cela rend la question très singulière. Dans un contexte hétérosexuel – qui est le contexte majoritaire –, les femmes se sentent beaucoup plus proches des hommes avec qui elles vivent que des autres femmes, elles ne constituent pas réellement un groupe social et ne se sentent pas par principe solidaires entre elles. C’est d’ailleurs un mot d’ordre des féministes d’essayer de promouvoir la sororité, mais en réalité la domination masculine incite plutôt les femmes à se sentir en compétition les unes avec les autres. L’oppression n’est pas du tout vécue comme une oppression de groupe, à l’inverse des ouvriers par exemple, chez qui une conscience de classe, et donc une action collective, est possible. Ce manque de sentiment de solidarité permet d’ailleurs d’éclairer le sens de la tribune de Catherine Deneuve, Catherine Millet, etc. : elles semblent plus soucieuses de signifier leur disponibilité sexuelle et affective vis-à-vis des hommes que d’être solidaires avec les autres femmes.

Quid des hommes qui pourraient se sentir, eux-aussi, soumis à des normes sociales?

Cette analyse vaut pour tous les milieux. L’éditrice d’une grande maison universitaire aux Etats-Unis m’a assurée recevoir une trentaine d’emails d’hommes par jour. Tous lui jurent qu’ils sont des génies et qu’il faut qu’elle se presse de les publier. Elle n’a jamais reçu pareil courrier signé de la main d’une femme. Les quelques rares qui osent lui écrire prennent des précautions énormes. Et elles ont bien raison de le faire! Si une universitaire écrivait une lettre aussi arrogante, non seulement elle ne serait jamais publiée, mais elle se verrait en plus traiter de folle prétentieuse et autoritaire. Quand on est une femme, mieux vaut parfois ne pas trop se mettre en avant, sous peine d’être disqualifiée d’office. La soumission devient alors une position stratégique.

Les normes sociales n’ont pas le même coût pour les hommes et pour les femmes. Celui qui reste à la maison pour s’occuper de ses enfants sera toujours bien perçu par la société. Je lisais récemment l’interview en anglais d’un papa américain qui raconte comment, quand il fait ses courses au supermarché avec ses enfants, les gens lui font des high five pour le féliciter. «Personne ne tape jamais dans la main de ma femme parce qu’elle fait les courses avec trois enfants dans l’enfer du samedi après-midi», souligne-t-il à raison.

Quant aux pères qui «restent à la maison», il ne le font presque jamais pendant quinze ans, mais plutôt pendant trois ou quatre ans, tout en gardant une activité rémunérée en freelance. La vie des hommes se déroule sur la toile de fond du privilège masculin. Ils ne se mettent pas dans la même situation de vulnérabilité que les femmes.

C’est cela qui fragilise les mouvements féministes ?

Sans aucun doute. Il y a une phrase de Marguerite Duras que j’aime beaucoup : « Il faut beaucoup aimer les hommes. Beaucoup, beaucoup. Beaucoup les aimer pour les aimer. Sans cela, ce n’est pas possible, on ne peut pas les supporter ». Et justement, les femmes aiment vraiment beaucoup les hommes, et le résultat c’est qu’elles consentent à leur soumission, parce qu’elles ont du mal à imaginer une vie sans hommes (les femmes hétérosexuelles, j’entends, mais c’est ce qui constitue le modèle dominant dans nos sociétés).

Certains et certaines pensent d’ailleurs pouvoir en jouer à leurs bénéfices. Qu’en est-il?

Les femmes savent bien qu’elles seront valorisées si elles jouent le jeu du patriarcat. Bien plus que si elles essaient d’être indépendantes. Si on est jolie, mince, sexy et bonne cuisinière, miser sur ces atouts plutôt que d’entreprendre de longues études périlleuses peut paraître plus rassurant. Mais le vent tournera toujours. Notamment avec l’âge et la question de l’amour. Très souvent, l’amour, et surtout l’amour féminin, est une modalité de domination. Les femmes sont élevées à penser qu’il va donner tout le sens à leur vie. Quand on tombe amoureuse d’un homme, on ne se dit pas qu’il risque de nous quitter dans vingt ans pour quelqu’un de plus jeune et que l’on se retrouvera sans moyens. Les femmes se retrouvent souvent à abandonner leur vie par amour et cela a des conséquences catastrophiques très concrètes en cas de séparation.

 D’une part, les femmes ont une expérience de leur corps qui est différente de celle des hommes, parce que leur corps est conçu comme un objet par la société, avant même qu’elles-mêmes aient pu le vivre comme un sujet. Des sociologues montrent que c’est exactement ce que les jeunes filles vivent encore maintenant : au moment de la puberté, les remarques déplacées dans la rue ou dans le cercle familial conduisent l’adolescente à se découvrir comme suscitant du désir sexuel alors même qu’elle n’a pas encore pu prendre possession de son corps de femme qui est en train d’advenir. Ce qui m’intéresse c’est d’identifier les conséquences sur la façon dont on fait l’expérience de soi et du monde d’être traitées comme des objets par les hommes. Et la conséquence c’est précisément l’aliénation, le sentiment d’étrangeté vis-à-vis de son corps.

Dans votre livre, vous posez la question: «les femmes sont-elles masochistes ?». Le succès mondial de la fiction «Cinquante nuances de Grey», que vous avez étudié en détails, apporte-t-il une réponse évidente?

Cependant, ce n’est pas étonnant que certaines acceptent. Il y a un véritable soulagement à jouer le jeu des normes de genre. Pour appréhender ce phénomène dans l’intimité, il faut comprendre deux choses. La première est que la domination masculine marche tellement bien – c’est l’hypothèse de la juriste et militante féministe américaine Catharine MacKinnon – que les femmes désirent ce que les hommes veulent sexuellement. Nous sommes élevés dans la valorisation de la soumission féminine, sociale et sexuelle. On nous inculque que le rapport «normal», consiste en une pénétration en missionnaire qui s’achève quand l’homme a joui.

De même que les femmes sont tentées par la soumission dans la vie quotidienne, elles la trouvent désirable dans la vie sexuelle. Je ne pense pas qu’il soit possible de distinguer la vie sociale de la vie sexuelle sur cette question. Chez les féministes, il peut même y avoir un effet de vases communicants. Quand l’on se bat au quotidien pour être libre, il y a un soulagement à avoir un espace où l’on se laisse aller à jouer le jeu des normes de genre à 100%.

 La soumission est l’attitude que l’on adopte lorsqu’on se trouve dans la position « inférieure » d’un rapport de pouvoir inégal, c’est ce qu’on fait lorsqu’un pouvoir s’exerce sur nous. Elle peut prendre de nombreuses formes. Effectivement, la soumission féminine passe par le fait que les femmes sont en moyenne plus généreuses que les hommes, elles font preuve de plus de sollicitude, etc. Le problème, c’est que ces qualités ne sont pas valorisées socialement. Lorsque l’on travaille sur les normes de genre à l’œuvre dans la notion d’homo economicus, par exemple, on voit que le comportement économique rationnel est considéré comme la maximisation de son propre bien-être et de sa propre consommation. Dans ce contexte, la générosité des femmes apparaît comme irrationnelle. Par générosité, elles ne demandent pas d’augmentation à leur travail, par générosité, elles laissent leur mari aller regarder le foot avec ses copains pendant qu’elles s’occupent de prendre un rendez-vous chez le pédiatre. On valorise chez les femmes des vertus qui sont des véritables vertus mais qui les rendent vulnérables en raison des valeurs de la société. L’enjeu est donc surtout de promouvoir des normes sociales dans lesquelles cette sollicitude et cette générosité – qui sont très importantes pour le fonctionnement du monde social – ne soient plus des marques de soumission, ne soient plus dévalorisées, ne soient plus réservées aux femmes.

« Cinquante nuances de Grey», c’est juste une façon de rendre moderne et cool le patriarcat dans ce qu’il a de pire. Il faut différencier la pratique ponctuelle du sadomasochisme, où des individus se rencontrent 30 minutes ou 2 heures et définissent ensemble ce qu’il sera possible de faire, de celle que Christian Grey essaie d’imposer à Anastasia Steele. Ce genre de relation existe et peut durer des années. Il s’agit presque systématiquement d’hommes dominants qui font signer des contrats à des femmes plus jeunes et soumises. Il est courant d’y voir préciser combien de calories la soumise a le droit de manger, quel sport elle doit faire et à quelle fréquence ou comment elle doit être épilée…

Comment élève-t-on une petite fille pour qu’elle ne devienne pas une femme soumise, et un garçon pour qu’il ne devienne pas un homme qui exige d’une femme qu’elle le soit?

Il est très difficile de se surveiller sur ces comportements, d’autant plus lorsque l’on a sa propre vision du genre. Souvent, les pères inscrivent leur fille au foot, mais ne laissent pas leur garçon faire de la danse. S’il faut aider les filles à ne pas penser que tout est un obstacle, il faut aussi rassurer les garçons sur le fait qu’avoir des sentiments et prendre soin des autres, c’est aussi important que de savoir bien jouer à la balle. Ce que l’on caractérise comme des attitudes de soumission sont problématiques uniquement parce qu’elles sont dévalorisées socialement. Si l’on considérait que se soucier de son intérieur et s’occuper de ses enfants c’était très bien, on ne parlerait pas de soumission et il n’y aurait pas de problème.

Spontanément, on dit aux petites filles qu’elles sont jolies et aux petits garçons qu’ils sont courageux. Dire l’inverse permet de rééquilibrer cette tendance. Il faut aussi arrêter de penser que les petites filles sont fragiles. Elles ne se font pas plus mal que les garçons en tombant d’un arbre. De la même manière, arrêtons de leur demander avec qui elles vont se marier et combien d’enfants elles auront, tout en demandant aux petits garçons s’ils seront pompier ou astronaute.

Les parents qui donnent à leurs enfants une éducation anti-sexiste voient souvent leurs efforts anéantis par l’entrée à l’école. Au bout de six mois, leur petite fille, qui adorait jouer au foot, veut maintenant être une princesse en robe rose à paillettes. L’école a un fort pouvoir d’imposition des normes de genre. Cela étant dit, on peut faire attention à un certain nombre de choses.

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