Les espaces publics de Londres plus sûres pour les femmes


100 % des utilisatrices de transports en Île de France y ont subi au moins une fois du harcèlement sexuel, selon un rapport du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. À Londres, ce sont 64 % des femmes qui ont déjà été harcelées dans les espaces publics. On est allé à la rencontre des Londoniennes, pour savoir si elles se sentent plus en sécurité ici.

Des petits bruits de bouche, des compliments insistants, des questions répétées, des frôlements, des insultes gratuites… La liste serait trop longue pour définir le harcèlement de rue que subissent les femmes dans les espaces publics en 2018 en France, en Angleterre ou ailleurs. Le harcèlement semble être un phénomène moins accentué à Londres qu’à Paris, selon les chiffres et les nombreux témoignages recueillis sur les plateformes telles que Everyday Sexism ou Hollaback. La force de ces témoignages est une avancée pour les droits des femmes partout dans le monde. Et comme l’affirme Eleni, Française expatriée à Londres : “Pour ma part, être une femme à Londres reste, dans l’ensemble, bien plus sûr qu’ailleurs !”.

Plus de sécurité dans les espaces publics à Londres

En 2017, la Thomson Reuters Foundation sortait un classement des métropoles les plus sûres pour les femmes. Sur 19 villes, Londres apparaissait à la première place et Paris arrivait en troisième position. L’étude classait 19 Megacities en fonction de la qualité de vie offerte aux femmes. C’est ce que l’on peut constater lorsqu’on échange avec les femmes françaises et anglaises qui vivent à Londres. Le son de cloche est le même : les femmes se sentent plus “safe” et libres au quotidien dans les espaces publics.

Elsa vit à Londres depuis trois ans : “Je m’y sens beaucoup plus en sécurité qu’en France. Mon copain est rentré à Paris l’année dernière. Ce climat de harcèlement est une des principales raisons pour lesquelles je ne l’ai pas suivi. Je ne veux pas revivre l’insécurité du métro parisien et le harcèlement quotidien.” Adélaïde, elle, est plus positive : “La seule fois où un homme m’a parlé dans la rue, c’était pour m’aider. J’avais une carte à la main et il a juste proposé de m’indiquer la direction. Un acte de pure gentillesse que l’on voit peu en France”. Lorsqu’elle vivait à Bruxelles, le harcèlement de rue était quotidien et clairement exacerbé.

Pour Anna, les Anglais sont plus dans une optique de bienveillance et sont plus prêts à extirper quelqu’un d’une agression. La plupart des femmes interrogées évoquent une ignorance forte de la part des témoins de harcèlement sexuel dans les lieux publics en France, comparé au Royaume-Uni.

Myfy vit à Londres depuis plusieurs années. La jeune femme se sent beaucoup plus en sécurité ici : “il y a des caméras partout et tout le temps du monde, je n’ai jamais eu de soucis”. Anna, à Londres depuis un an, évoque aussi une différence de mentalité qui joue probablement sur le harcèlement de rue : “les gens viennent des quatre coins du monde, on a une forte ouverture d’esprit, donc une plus grande tolérance et acceptation des différences, donc moins de réticences à s’habiller court ou sexy. En France, je flippe beaucoup plus !”.

Emma est à Londres depuis plusieurs années car sa famille est franco-anglaise : “Je m’y sens beaucoup plus en sécurité qu’à Paris for sure. Je n’ai jamais eu de problèmes majeurs, même si je vis au quotidien les catcalls, les sifflements…”. Néanmoins elle affirme : “Quand ça se limite à des commentaires par-ci par-là, je n’en pense pas grand-chose. Il y a des idiots partout !”

S’habiller pour sortir ?

“En France, 8 femmes sur 10 ont déclaré avoir peur de sortir dans la rue la nuit” affirme Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les hommes et les femmes en France, dans une interview pour le mouvement “Not going back, making gender equality happen”. On entend souvent des témoignages de femmes qui se sont fait harceler, comme dans le reportage “La femme de la rue” de Sofia Peeters, où les femmes expliquent changer de manière de marcher, de s’habiller pour ne pas être embêtée par des hommes. Ce qui ne devrait plus se produire en 2018.

Charlotte, originaire du sud de la France, est venue à Londres quelques mois pour ses études :

Lorsque j’étais étudiante à Nancy, je ne m’habillais jamais comme je le souhaitais. Et le pire, que je sorte en pyjama ou en robe très courte, je me faisais aborder, insulter, suivre. Une fois, un homme m’a suivie jusque sur mon palier et a commencé à bloquer ma porte. J’adaptais ma conduite et ma vie hors de chez moi pour éviter les dangers. À Londres j’ai été stupéfaite de la sécurité dans les rues. En plusieurs mois, je n’ai été insultée qu’une fois !”.

On questionne souvent les femmes sur la tenue vestimentaire qu’elles portaient, après une agression. Comme si porter une jupe ou un débardeur était une provocation et une invitation au harcèlement.

Régles de conduite

C’est un fait, les femmes ont l’habitude de changer, parfois leurs trajets ou leur mode de vie, tout cela à cause du comportement masculin observé.

Adélaïde, qui vivait à Bruxelles avant Londres, n’osait plus porter de jupe là-bas. Aujourd’hui, elle ne se refuse rien, car elle constate qu’il y a moins de répercussions négatives en matière de harcèlement dans la capitale britannique. Mélanie, à Londres depuis un an environ, raconte qu’elle ne changera en aucun cas sa manière de vivre : “ça ne m’empêche pas de m’habiller comme je veux, où je veux et à l’heure que je veux ! Je continue d’avancer, je le fais pour toutes celles qui ne le font pas ou qui n’en ont plus la force !”.

Eleni raconte que le fait de se dévêtir en été devient un problème partout, en France ou à Londres : “Un jour, il faisait particulièrement chaud, je me suis vêtue d’un short et d’un top décolleté, mais rien de très fou : je me suis faite siffler deux fois, klaxonnée, suivie par un ambulancier qui me demandait si je voulais monter avec lui, abordée par un inconnu me proposant ses lunettes de soleil, et un autre qui voulait me donner son numéro. En pleine après-midi !”.

Anne, elle, avoue : “je me suis toujours habillée comme je le voulais, n’importe où. Mais à Londres, les filles s’habillent plus légèrement la nuit, donc je n’ai pas hésité à raccourcir un peu mes tenues le soir, alors qu’à Paris, hors de question, je passe automatiquement au jean !”. Il y a encore Tiphaine, jeune Lyonnaise venue étudier à Londres quelques mois : “À Lyon, je mettais des robes mais je faisais attention pour éviter que l’on m’interpelle, ici, j’ai moins de gênes.”.

Encore des progrès à faire

Si les témoignages recueillis nous laissent entendre que les femmes se sentent plus en sécurité à Londres, le risque zéro n’existe nulle part. Le harcèlement de rue continue à rendre le quotidien des femmes plus difficile, voire invivable.

Mélanie qui s’est fait agresser à Londres confirme : “je rentrais du travail, il était à peu près 1h30 du matin et je passais dans une rue pour prendre mon bus. Cela a commencé par un regard bien déplacé, des bruits d’animaux, j’ai presque cru qu’un chien se tenait derrière moi ! Et n’ayant pas répondu, j’ai eu le droit à un super crachat sur mon visage !”.

Même si le Royaume Uni et Londres mettent davantage d’initiatives en place, le harcèlement de rue est un phénomène qui persiste et que l’on peut combattre, avant tout, en éduquant mieux la gent masculine. Car aujourd’hui, en 2018, que ce soit à Londres, à Paris ou dans n’importe quelle capitale, les cas signalés de harcèlement de rue viennent de la part des hommes sur les femmes et pas le contraire.

Quand les maux des victimes de harcèlement sexuel s’expriment sur la toile

À la suite du mouvement global #metoo, la parole des victimes de harcèlement s’est libérée. Longtemps ignorée et sous-évaluée car une grande partie des femmes victimes de harcèlement ne rapportent pas ces agissements à leur encontre aux autorités, les temps changent et les langues se délient enfin. On a fait le tour des plateformes où les victimes peuvent enfin dénoncer les abus.

C’est pour changer cette forme d’omerta que des initiatives ont été mises en place dans le pays, non pas pour stigmatiser les hommes, mais bel et bien pour encourager la prise de parole des femmes sur le sujet. Si une grande majorité des femmes peuvent à leur tour dire #MeToo, car elles ont déjà été harcelées ou simplement rabaissées à cause de leur genre, c’est le moment de dénoncer le sexisme et d’apporter sa pierre à l’édifice de l’égalité homme/femme.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : une femme sur cinq a été victime de harcèlement au moins une fois depuis ses 16 ans au Royaume-Uni en 2017, selon Crime Survey of England and Wales et 80 % des victimes ne reportent pas les faits de harcèlements aux autorités selon l’Office for National Statistics.

D’un point de vue juridique, les lois françaises et les lois britanniques concernant le harcèlement diffèrent. Mais grâce à Ask for Angela, une initiative créée par Hayley Child, il est possible d’échapper à une situation dangereuse.

Que dit la loi ?

En 2010 le Parlement britannique instaure le Equality Act, une loi condamnant toute forme de discrimination (discriminations sexuelles et harcèlement inclus). Cependant il n’y a pas de loi britannique qui pénalise de manière explicite le harcèlement dit “de rue” ou qui le qualifie de hate crime. Le Equality Advisory and Support Service est : “un service non-légal, apportant des conseils aux victimes de discriminations sexuelles. Il n’existe pas de peines spécifiques dans le Equality Act renvoyant au harcèlement de rue. Si l’affaire arrive au juge, c’est à lui d’analyser l’affaire et d’en décider la peine”.

Malgré cela, en 2016, la police du comté du Nottinghamshire est devenue la première force de police à qualifier la misogynie de hate crime. Cette démarche a incité les femmes du comté à venir témoigner et porter plainte. Elle permet à la police d’aider les victimes de manière substantielle avec des investigations plus minutieuses. En ce qui concerne la capitale britannique, le département londonien de la Metropolitan Police déclare qu’il : “encourage les femmes à dénoncer tout type de harcèlement, que ce soit dans la rue, pubs, bars ou ailleurs dans Londres. Toute allégation sera évaluée et soumise au type d’enquête appropriée”.

En France, il semble nécessaire d’avoir des lois plus explicites qu’au Royaume-Uni, afin d’aller à l’encontre de la normalisation du harcèlement de rue. C’est en août 2018 que Marlène Schiappa, Secrétaire d’État à l’égalité entre les femmes et les hommes introduit une nouvelle loi apportant un appui et un soutien supplémentaire aux femmes qui portent plainte pour harcèlement sexuel. Cette nouvelle loi punit notamment le harcèlement de rue par des amendes de classe 4, allant de 90 à 750 euros.

“Excuse me, could I speak to Angela?”

Hormis la loi, le Royaume-Uni demeure cependant avant-gardiste, avec de nombreuses campagnes anti-harcèlement de rue régulièrement lancées en collaboration avec le gouvernement et les forces de police. Il y a plus de deux ans, le gouvernement local du comté du Lincolnshire a lancé l’initiative novatrice Ask for Angela. Après une phase “test”, elle s’est étendue à travers le Royaume-Uni en 2016, s’inscrivant dans l’opération #NoMore, menée par ce même comté, avec Lincolnshire Rape Crisis. Réduire le harcèlement sexuel en apportant des mesures préventives et des solutions “faciles” aux personnes en danger, voilà l’idée derrière ce projet. Ask for Angela se manifeste sous forme d’affiches placées plutôt discrètement dans les toilettes de nombreux bars, pubs et boîtes de nuit. L’affiche incite les personnes en situation vulnérable ou dangereuse à faire signe au personnel, en utilisant le mot-clé Angela. Une fois averti, le personnel réagit de la manière la plus rapide et surtout, la plus discrète possible, en mettant en place le protocole : faciliter l’évacuation de la personne vulnérable en s’assurant qu’elle parte en taxi.

Sur son lieu de travail

C’est pour lutter contre toutes formes de harcèlement sur le lieu de travail que le Dr Julia Shaw a eu l’idée de mettre l’intelligence artificielle au service des victimes. Elle a réagi en choisissant les nouvelles technologies et a créé Spot. Spécialiste en intelligence artificielle, la scientifique avoue avoir eu l’idée de mettre en place Spot, pendant l’été 2017, au moment où le scandale lié à Harvey Weinstein a éclaté au grand jour : “C’étaient les premiers jours de #MeToo et la science sur laquelle je travaillais correspondait exactement à cette utilisation de l’intelligence artificielle.”

Sur Spot, les victimes de harcèlement déposent un témoignage auprès d’un chat bot, un robot, qui utilise un système d’entretien cognitif, pour éviter tous les biais liés à ce genre d’interview. Le chat bot est utilisable 24h/24 et 7 jours/7 et Spot garantit que les données partagées par la victime restent protégées.

Les témoins peuvent garder leur anonymat et cet entretien peut être envoyé en PDF à leur DRH, sans crainte de représailles.

Crée au début pour les particuliers, Spot propose à présent un service direct à des entreprises, notamment de la tech et des agences gouvernementales américaines. Destinés aux directeurs des ressources humaines, ces nouveaux outils permettent de faire la veille sur les comportements des employés, afin d’éviter les abus et débordements.

Pour le Dr Julia Shaw, c’est une nouvelle opportunité pour le monde du business : “Spot permet aux entreprises de construire une ambiance de travail plus sereine et saine”. Sur talktospot.com

Au quotidien

La plateforme Everyday Sexism propose aux femmes victimes de harcèlement dans leur vie quotidienne de venir témoigner en ligne, sur leur plateforme. C’est sur Twitter que cette campagne avait débuté au printemps 2012, avec le #Everydaysexism, apposé à des centaines de témoignages de femmes qui ont subi des abus. À l’origine de cette initiative, Laura Bates qui depuis a publié un livre regroupant les témoignages de femmes qui dénoncent, souvent avec humour, les remarques sexistes qu’elles ont reçues. Sur everydaysexism.com

’autres personnes touchées font également état des médias sociaux. Cependant, certains utilisateurs ne comprennent pas que les femmes restent toujours sur l’île. “Vous pauvre, tous les vols de Majorque à destination de l’Angleterre sont complets, hein?”, Écrit une femme. D’autres se demandent pourquoi les femmes ne changent pas d’emploi.

Le ministère fédéral des Affaires étrangères parle d ‘”esclavage moderne”
Il y a déjà un an, le Foreign Office britannique à Londres avait mis en garde contre les conditions de “l’esclavage moderne” à Majorque. Les Britanniques ont été avisés de ne pas venir à Magaluf pour des emplois, car ils étaient souvent exploités et constitués de travail non déclaré. Les vendeurs au comptant risqueraient non seulement la santé des clients en les mettant en bouteille, mais aussi maltraiteraient les employés.

Un bon nombre de jeunes femmes rêvant d’une vie sous le soleil de Majorque font également des agences de placement. Elles attirent des offres supposément intéressantes, y compris l’appartement, mais en cas de problèmes, certaines femmes signalent qu’elles n’ont pas été abordables. L’argent payé était encore parti.

Les commerçants au comptant encouragent les agressions sexuelles contre les femmes
Elliot S. raconte qu’il habitait dans un appartement dans lequel les portes ne pourraient être ouvertes que de l’intérieur avec une clé. Mais ses camarades de chambre auraient pris comme ils sont sortis. Quand un incendie s’est déclaré, il a claqué une fenêtre pour attirer son attention. L’agence lui a demandé de remplacer la fenêtre.

Il est de retour au Royaume-Uni maintenant. Il a déclaré au journal que ses supérieurs lui avaient ordonné de harceler sexuellement les femmes afin de les faire entrer dans le bar. Il a refusé et a perdu son travail. Environ 80% des Britanniques détenus à Majorque sont d’anciens leurres pour bars, écrit le Foreign Office.

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